3ème République – Le début

1. Contexte…

1.1 1870-1900 la 3e République, un régime sans Constitution

La IIIe République, proclamée le 4 septembre 1870, était encore en mai 1871, après les événements de la « Commune », avec des institutions provisoires et un chef du pouvoir exécutif, élu par les membres de l’Assemblée nationale constituante.

Cette Assemblée élue le 8 février 1871, pourtant très majoritairement composée de députés « royalistes » avait pourtant élu le 17 février 1871, Adolphe Thiers, responsable du pouvoir exécutif, alors que celui-ci, « libéral » était en phase de rejoindre les « Républicains conservateurs ».

La présence de nombreux députés « royalistes » à l’Assemblée permit un retour ponctuel du cléricalisme, de 1871 à 1875. Probablement l’une des raisons pour lesquelles, la construction de la basilique du Sacré-Coeur, en vue d’expier les crimes commis pendant la Commune et plus précisément ceux commis depuis un siècle, fut possible et encouragée.

Les députés « royalistes » étaient toujours divisés entre légitimistes et orléanistes. Les factions de la gauche, allant des « républicains » à la gauche « radicale » étaient aussi très divisées. Les députés « conservateurs » ou « modérés » permirent la gestion de la transition après la guerre de 1870, mais les divisions profondes entre eux vont générer des modes de gouvernance contradictoires, jusqu’au conflit de 1914.

Le 31 août 1871, Adolphe Thiers, grâce à la loi Rivet, devient le premier président de la IIIe République française. Le député Jean-Charles Rivet avait été mandaté par l’Assemblée nationale constituante pour rédiger les textes des institutions provisoires, en attendant la Constitution de la IIIe République.

Le 2 juillet 1871, aux élections législatives partielles, 99 députés républicains furent élus, sur les 114 postes à pourvoir. Les régions concernées avaient validé le retour de la République, de la paix et de la liberté des cultes, mais pour combien de temps ?

Le 13 novembre 1872, Adolphe Thiers, qui avait rejoint les « républicains conservateurs » avait déclaré devant l’Assemblée : « La République existe, elle est le gouvernement légal du pays ; vouloir autre chose serait une nouvelle révolution et la plus redoutable de toutes ».

Le 15 mars 1873, l’indemnité de guerre, réclamée par le chancelier allemand, Otto von Bismarck, était enfin payée par la France. Ainsi, la convention d’évacuation de l’armée allemande du territoire français put être signée. Adolphe Thiers, alors président de la IIIe République, porta le surnom de « libérateur du territoire ».

Le 28 avril 1873, lors des élections législatives partielles, Désiré Barodet, républicain et franc-maçon, fut élu député de la Seine, contre le candidat du gouvernement, Charles de Rémusat. Paris venait d’élire à ce poste de député un réactionnaire profondément anticlérical, ce qui sema l’épouvante dans les rangs de la droite à l’Assemblée. En réaction à cette élection, les trois courants monarchistes de droite (légitimistes, orléanistes, bonapartistes) formèrent une coalition autour du duc Albert de Broglie, orléaniste et catholique libéral.

Le 19 mai 1873, le duc Albert de Broglie invita le gouvernement sur la nécessité de valider une politique « résolument conservatrice ». Adolphe Thiers répliqua par un plaidoyer en faveur de la République, « ce régime qui nous divise le moins ».

Le 24 mai 1873, l’Assemblée rejeta la confiance au gouvernement par 360 voix contre 344. Adolphe Thiers perdit son poste de président de la République. L’Assemblée désigna à sa place le maréchal et duc de Magenta, Patrice de Mac Mahon (légitimiste). Mac Mahon, sans véritable compétence politique, confia au duc de Broglie (orléaniste) la direction de son cabinet (Conseil), composé de représentants des trois droites monarchistes.

Le poste et les fonctions de président du Conseil n’étaient pas encore clairement définis. Celui-ci, en plus d’être ministre, avait pour  seule responsabilité de diriger les réunions des ministres, réunis autour du président de la République. Il faudra attendre 1934, pour voir un budget et une résidence (l’hôtel Matignon) qui lui seront confiés.

 

1.2 Soubresaut royaliste et échec au roi

Sous la présidence du maréchal de Mac Mahon, le régime dit de « l’Ordre moral » se mit progressivement en place. Les grandes lignes de sa politique furent données lors de son premier message à l’Assemblée : « Avec l’aide de Dieu, le dévouement de notre armée qui sera toujours l’esclave de la loi, l’appui de tous les honnêtes gens, nous continuerons l’œuvre de libération du territoire et le rétablissement de l’ordre moral dans le pays ».

Une nouvelle fois, les 400 députés « royalistes » qui se divisaient entre partisans du petit-fils de Charles X, le comte de Chambord (182 légitimistes) et partisans du comte de Paris (214 orléanistes), ont tenté de trouver un accord durable.

Le 5 août 1873, la couronne de France fut offerte, dans un premier temps, au comte de Chambord, le futur potentiel roi Henri V. Or celui-ci n’avait pas de descendance, c’est pourquoi l’accord prévoyait que la couronne reviendrait au comte de Paris, à la mort du comte de Chambord alors roi de France. Les deux parties s’étaient entendues sur ces conditions et, au plus haut niveau de l’État, on se préparait au retour de ce roi sur le trône de France.

Le comte de Chambord, âgé de 53 ans, émigré à l’étranger depuis sa petite enfance, ne connaissait pas vraiment la France et avait une vision tronquée de la situation. Contre toute attente, le comte de Chambord les déçut tous.

Il rendra caduc cet accord entre royalistes, par son obstination naïve et impossible de vouloir rétablir le drapeau blanc, emblème de la Restauration, au détriment du drapeau tricolore français. Ce souhait du potentiel héritier « légitimiste » n’était pas acceptable par les « orléanistes ».

Les « royalistes » ont alors perdu, en octobre 1873 et pour longtemps, toute possibilité de replacer un roi sur le trône de France. C’est pourquoi, un grand nombre d’entre eux, issus des « orléanistes » et des « bonapartistes » ont intégré progressivement les rangs de la bourgeoisie. Ils deviendront des « républicains conservateurs » ou des républicains de gauche « radicale ».

Ce schisme au sein des « royalistes » a entraîné une progressive, mais profonde mutation, dans la composition de la République. Cette dernière, après 1876, n’était plus uniquement composée d’une droite essentiellement « royaliste » et d’une gauche « modérée » ou « radicale » mais aussi, de républicains, « conservateurs », « libéraux », « modérés » ou « opportunistes » qui provenaient d’une « droite », qui n’avait plus d’avenir.

La conséquence sera traduite dans les urnes par un renforcement sensible du nombre de « républicains » au détriment d’une « droite » progressivement très affaiblie, voire inexistante au sein du pouvoir et ce, jusqu’au 21e siècle.

 

1.3 Les évolutions nécessaires du régime de la 3e République

Jean Sévillia, grand historien de référence du Roman national, nous indique, dans son ouvrage « Histoire passionnée de la France » de 2013, aux Éditions Perrin, combien la IIIe République apporta, entre 1871 et 1914, les soubresauts permettant de clore enfin la Révolution de 1789 :

« L’effondrement du Second Empire a libéré des antagonismes mis sous le boisseau pendant vingt ans. Monarchistes contre républicains, conservateurs contre libéraux, catholiques contre anticléricaux : les clivages qui ressurgissent après 1870 procèdent de la Révolution française. Celle-ci est-elle terminée ? Faut-il la continuer, l’interrompre, l’achever ? Les régimes postérieurs à la Révolution – Consulat, Empire, Restauration et monarchie de Juillet – ont tous accepté son héritage, tout en conservant une part de l’ancienne France. Il appartiendra à la IIIe République, jusqu’à la Première Guerre mondiale, de clore ce cycle en liquidant dans les institutions et la société ce qui subsistait de l’Ancien Régime. Le grand choc de 1914, ensuite rebattra les cartes, donnant naissance à un nouveau monde. ».

 

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Pour lire la suite, commandez en ligne ou en librairie l’e-book ou le livre broché « L’Histoire de France expliquée » de l’auteur Christian Lacour de Marange

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