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Testament politique de Louis XVI

Suivant Jacques de Saint Victor, le document que Louis XVI avait écrit avant sa fuite pour Montmédy et son arrestation à Varennes-en-Argonne le 21 juin 1791, disparu depuis la Révolution française, a été retrouvé, caché dans une collection américaine et acquis par un Français, Gérard Lhéritier collectionneur de manuscrits anciens et président de la société Aristophil.

D’après les recherches effectuées par Jacques de Saint Victor, le document titré « Déclaration à tous les Français » et appelé depuis, par les historiens « Testament politique de Louis XVI », composé de seize pages manuscrites, est celui que le roi avait demandé à son intentant, à remettre, après son départ, au président de l’Assemblée Nationale Constituante, le 21 juin 1791. C’est donc Alexandre de Beauharnais, alors président de l’Assemblée et premier époux de Joséphine, la future impératrice des Français, qui recueille ce document.

Convaincu de son départ pour Metz, Louis XVI rédige un long texte daté du 20 juin 1791, dans lequel le roi, libéré des contraintes, des faux-semblants et des réserves qu’il a toujours dû s’imposer, depuis le début de la Révolution et se voyant déjà loin de Paris et de l’Assemblée. Il livre ici sa véritable conception des événements révolutionnaires, vécus depuis les États généraux de mai 1789, et exprime sa vision d’un idéal politique, avec une monarchie constitutionnelle mais avec un monarque puissant.

Dans sa biographie de Louis XVI, Jean-Christian Petitfils, historien et écrivain réputé, spécialiste des rois bourbons, insiste, à juste titre, sur le caractère essentiel de ce document pour mieux comprendre l’évolution de la pensée du roi depuis les États généraux. Pour Jean-Christian Petitfils, « la plupart des historiens, à propos de la déclaration royale, ne lui ont pas donné l’importance qu’elle mérite » et ajoute : » Ils l’ont soit négligée, soit hâtivement lue et commentée ».

Le contenu de ce document est connu de beaucoup car copié et reproduit dans de nombreux documents parlementaires (dont certains aux Archives parlementaires et publiés sous le Second Empire) avant la redécouverte de l’original.

Ce document sera utilisé comme pièce à charge lors du procès du roi sous la « Terreur » et par Lindet le 10 décembre 1792 à la Convention, pour « prouver » la duplicité de Louis XVI et de ses « mauvaises » intentions.

Dans ce document, dont vous trouverez ci-après une copie du texte dans son ensemble, Louis XVI dresse le portrait d’un souverain (lui-même) qui, comme c’est l’usage à l’époque, utilise la troisième personne du singulier pour évoquer son action ou ses pensées. On y découvre un roi très attaché à son peuple, à sa foi, aux traditions françaises, à la justice et à une certaine forme de modernité.

Attention : certains mots ou expressions utilisés par le roi sont à remettre dans le contexte de l’époque.

 

« Déclaration de Louis XVI à tous les Français.

 

Tant que le Roi a pu espérer voir renaître l’ordre et le bonheur du royaume par les moyens employés par l’Assemblée nationale, et par sa résidence auprès de cette Assemblée dans la capitale du Royaume, aucun sacrifice personnel ne lui a coûté ; il n’aurait pas même argué de la nullité dont le défaut absolu de liberté entache toutes les démarches qu’il a faites depuis le mois d’octobre 1789, si cet espoir eût été rempli. Mais aujourd’hui que la seule récompense de tant de sacrifices est de voir la destruction de la royauté, de voir tous les pouvoirs méconnus, les propriétés violées, le sûreté des personnes mise partout en danger, les crimes rester impunis, et une anarchie complète s’établir au-dessus des lois, sans que l’apparence d’autorité que lui donne la nouvelle Constitution soit suffisante pour réparer un seul des maux qui affligent le royaume, le Roi, après avoir solennellement protesté contre tous ces actes émanés de lui pendant sa captivité, croit devoir mettre sous les yeux des Français et de tout l’Univers le tableau de sa conduite, et celui du Gouvernement qui s’est établi dans le Royaume.

On a vu Sa Majesté, au mois de juillet 1789, pour écarter tout sujet de défiance, renvoyer les troupes qu’elle n’avait appelées auprès de sa personne qu’après que les étincelles de révolte s’étaient déjà manifestées dans Paris et dans le régiment même de ses gardes. Le Roi, fort de sa conscience et de la droiture de ses intentions, n’a pas craint de venir seul parmi les citoyens armés de la Capitale.

Au mois d’octobre de la même année, le Roi, prévenu depuis longtemps des mouvements que les factieux cherchaient à exciter, dans la journée du 5 fut averti assez à temps pour pouvoir se retirer où il eût voulu ; mais il craignit qu’on ne se servît de cette démarche pour allumer la guerre civile, et il aima mieux se sacrifier personnellement, et ce qui était plus déchirant pour son cœur, mettre en danger la vie des personnes qui lui sont le plus chères. Tout le monde sait les événements de la nuit du 6 octobre, et l’impunité qui les couvre depuis près de deux ans. Dieu seul a empêché l’exécution des plus grands crimes, et a détourné de la nation française une tache qui aurait été ineffaçable.

Le Roi, cédant au vœu manifesté par l’armée des Parisiens, vint s’établir avec sa famille au château des Tuileries. Il y avait plus de cent ans que les Rois n’y avaient fait résidence habituelle, excepté dans la minorité de Louis XV. Rien n’était prêt pour recevoir le Roi, et la disposition des anciens appartements est bien loin de procurer les commodités auxquelles Sa Majesté était accoutumée dans les autres maisons Royales, et dont tout particulier qui a de l’aisance peut jouir. Malgré la contrainte qui avait été apportée, et les incommodités de tout genre qui suivaient le changement de séjour du Roi, fidèle au système de sacrifice que Sa Majesté s’était fait pour procurer la tranquillité publique, elle crut, dès le lendemain de son arrivée à Paris, devoir rassurer les provinces sur son séjour dans la Capitale, et inviter l’Assemblée à se rapprocher de lui, en venant continuer ses travaux dans la même ville.

Mais un sacrifice plus pénible était réservé au cœur de Sa Majesté ; il fallut qu’elle éloignât d’elle les gardes du corps de la fidélité desquels elle venait d’avoir une preuve bien éclatante dans la funeste matinée du 6 ; deux avaient péri victimes de leur attachement au Roi et sa famille, et plusieurs autres blessés grièvement en exécutant strictement les ordres du Roi qui leur avait défendu de tirer sur la multitude égarée. L’art des factieux a été bien grand pour faire envisager sous des couleurs si noires une troupe aussi fidèle, et qui venait de mettre le comble à la bonne conduite qu’elle avait toujours tenue. Mais ce n’était pas tant contre les gardes du corps que leur intention était dirigée, c’était contre le Roi lui-même. On voulait l’isoler entièrement en le privant du service de ses gardes du corps dont on n’avait pas pu égarer les esprits, comme on avait réussi auprès de ceux du régiment des Gardes Françaises qui, peu de temps auparavant, était le modèle de l’armée.

 

 

 

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