Aristide Briand et la paix gâchée
Après l’armistice du 11 novembre 1918, demandé par les Allemands et le traité de paix controversé de Versailles du 28 juin 1919, imposé par la France, la fin réelle de la Première Guerre mondiale ne pouvait se passer des « réparations de guerre » que devait l’Allemagne, à la France, à la Belgique, au Royaume-Uni et à l’Italie.
Il faut rappeler ici que l’Allemagne, pourtant officiellement responsable de la déclaration de guerre, refusait toujours de reconnaître ses responsabilités dans ce conflit devenu mondial.
La question de ces réparations, n’ayant pu être clairement définies lors du traité de Versailles en 1919, du fait de la grande réticence du président américain Wilson, partagée par le gouvernement britannique, elle fut l’objet, en 1921, d’une commission spéciale.
Cette commission avait proposé un montant total de réparations à hauteur de 226 milliards de marks-or. Après de violentes réactions en Allemagne, ce montant fut revu très sensiblement à la baisse. La commission, malgré les nombreuses réclamations françaises puis belges, pourtant justifiées, fixa finalement le montant à 132 milliards de marks-or, payable en trente annuités.
Pour comprendre combien cette décision fut hyper décevante et très mal accueillie en France, il faut savoir que le montant total estimé des dommages subis par la France était de 140 milliards de francs et que d’après la commission, sur les 132 milliards de marks-or, la France ne devait en percevoir que 52 %. Le Royaume-Uni avait déjà récupéré toute la flotte de guerre allemande.
Le montant des dommages subis principalement dans les départements du nord et de l’est portait essentiellement sur les destructions physiques de villes, de bâtiments ou d’édifices publics, de routes, de chemins de voies ferrées et d’usines.
Comme le précisait, Jean-Christian Petitfils dans son ouvrage « Histoire de la France » de 2018 ; « En plus des villes détruites totalement ou partiellement telles que Reims, Saint-Quentin, Cambrai, Lille, Arras, Péronne, Amiens, Soissons, Calais » il faut ajouter plus de « 620 villages détruits ou rasés » incluant plus de « 800 000 bâtiments, 600 000 maisons ». À cela, il faut ajouter plus de « 11 000 édifices publics anéantis ou endommagés ; 116 000 ha de terres ravagées ; 62 000 km de routes impraticables, 6 000 km de voies ferrées inutilisables et des centaines d’usines bombardées ou sabotées par l’armée allemande ».
Au-delà des décisions de cette commission spéciale, continuellement discutées et renégociées, souvent à cause de l’indulgence anglo-américaine, les montants des « réparations » ne furent quasiment jamais payés à la France et ce durant les trente années suivantes. Il a fallu maintes fois réclamer, parfois par la force, le respect des échéances prévues, hélas souvent en vain.
Malheureusement, l’indulgence sur le paiement des échéances ne fut pas seulement le fait du gouvernement britannique, mais hélas, aussi de certains politiciens français membres de divers gouvernements, tous de gauche.
Le pire d’entre eux fut Aristide Briand, plusieurs fois, chef du gouvernement de la IIIe République et ministre ; il fut le premier responsable de la réduction à néant de ces indemnités de guerre en 1928.
Aristide Briand, né à Nantes le 28 mars 1862, d’origine modeste, après une formation chaotique d’avocat et de journaliste, a fait ses débuts dans la politique en étant élu député socialiste de Saint-Étienne en 1902.
Proche de la mouvance révolutionnaire et membre du parti socialiste en 1904, il se vit confier son premier poste de ministre de l’Instruction publique en 1906. Aristide Briand, du fait du mode de fonctionnement de « l’entre-soi » dans cette République, injuste mais, hélas, permanent, fut 26 fois ministre et 11 fois chef du gouvernement français, de 1906 à 1932.
En janvier 1922, à la conférence de Cannes, organisée à la demande des Britanniques, alors que l’Allemagne « traînait » toujours les pieds pour payer les échéances mensuelles des « Réparations », ceux-ci proposèrent de conclure un nouveau traité dans lequel, en échange d’une supposée « garantie » des frontières, la dette allemande serait encore fortement allégée. Aristide Briand, alors chef du gouvernement français pour la septième fois, était étonnamment favorable à cette proposition.
Aristide Briand était alors sous la présidence d’Alexandre Millerand. Ce dernier, président de la République de 1920 à 1924, n’ayant pas validé le choix de son chef de gouvernement, va le désavouer publiquement et le forcera à la démission.
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