Coup d’État du 18 Brumaire

1. Contexte précédant cet épisode

Pour essayer de bien comprendre les événements qui amèneront Emmanuel-Joseph Sieyès, alors l’un des cinq directeurs du Directoire et le général Bonaparte, à commettre ce coup d’État les 18 et 19 Brumaire de l’An VIII (9 et 10 novembre 1799), il faut au préalable mieux connaître les évolutions en France sous le Directoire.

Notamment, les problèmes de recomposition dans les Assemblées, engendrés suite aux dernières élections, au sein du Conseil des Anciens et du Conseil des cinq-cents, depuis 1797. Enfin, il faut mieux connaître Bonaparte, ce jeune officier du roi, devenu général de la Révolution.

Mais avant cela, voyons ses origines, sa famille, son enfance et sa formation militaire, pour mieux apprécier son comportement, son caractère et ses choix en tant que général, avant de devenir Premier Consul.

 

1.1 Situation en France et incidences sur le régime en place en 1798 et 1799.

En France …

La Constitution de 1795 (5 Fructidor an III) est en place, depuis septembre 1795. Celle-ci a introduit un pouvoir législatif représenté par deux Assemblées (bicamérisme) : le Conseil des « cinq-cents » qui propose les lois, et l’autre Assemblée du Conseil des Anciens (250 membres), qui les adopte ou les rejette. Ces deux Assemblées se renouvellent par tiers chaque année.

Cette Constitution de 1795 a mis aussi en place un pouvoir exécutif, confié à cinq directeurs, d’où le nom de Directoire. Ces derniers sont élus par les deux Assemblées et se partagent la présidence, pendant trois mois à tour de rôle.

Les élections partielles d’avril 1797, au Conseil des « cinq-cents », les députés « royalistes » deviennent majoritaires (150 sur 177). Or, les élections précédentes au Conseil des Anciens avaient déjà placé les royalistes majoritaires au sein de cette Assemblée. Donc, les royalistes devenaient majoritaires dans les deux Assemblées. Ce qui entraîna, dès le 4 septembre 1797 (18 fructidor an V), un conflit avec le Directoire, qui a fait appel à l’armée et a annulé les dernières élections.

Lors de ce coup d’État, le Directoire a fait arrêter 65 députés et journalistes royalistes, qui seront déportés en Guyane. À la suite, le Directoire, revenant à des procédés révolutionnaires, va faire emprisonner ou déporter des centaines de prêtres réfractaires.

Aux élections partielles d’avril 1798, c’est l’inverse, la gauche « jacobine » sort majoritaire. Aussi, le Directoire invalida l’élection de 106 députés radicaux.

Aux élections partielles d’avril 1799, les royalistes s’abstenant, la gauche a repris la majorité et fait un coup d’État le 18 juin 1799, contraignant deux directeurs, à la démission (Louis-Marie de La Révellière-Lépeaux et Philippe-Antoine Merlin de Douai). Ceux-ci seront remplacés par des extrémistes jacobins.

Merlin de Douai était le Président du Directoire, depuis le 26 mai 1799. Il est remplacé par un autre directeur, Emmanuel-Joseph Sieyès. L’esprit révolutionnaire en France est réactivé. La politique antireligieuse reprend, avec la fermeture de nombreuses églises. Le pape Pie VI, prisonnier de la République, depuis 1798, meurt le 28 août 1799 à Valence. De nombreuses insurrections royalistes apparaissent dans toute la France.

Le nouveau Président du Directoire, depuis le 18 juin 1799, Emmanuel-Joseph Sieyès, suite aux problèmes provoqués par les résultats aux dernières élections partielles des deux chambres, en 1798 et 1799, va chercher à mettre en place, par la force, une nouvelle Constitution.

Les résultats de ces élections avaient entraîné l’insurrection constante des « royalistes » ou des « gauches révolutionnaires » (jacobins). La nouvelle Constitution devra apporter plus de stabilité et de pouvoir à l’exécutif.

Pour préparer son coup d’État, Emmanuel-Joseph Sieyès ne peut compter sur les autres directeurs corrompus du Directoire (Paul Barras, Pierre-Roger Ducos, Jean-François Moulin, Louis Gohier), ni sur les ministres comme Talleyrand, Cambacérès, Bernadotte ou Lindet, qui ne pensaient qu’à s’enrichir, au plus vite.

Emmanuel-Joseph Sieyès, qui a œuvré depuis 1788 pour renverser la monarchie au profit du Tiers État, s’est rendu compte depuis qu’il était très difficile de gouverner un pays comme la France, sans un pouvoir exécutif fort. Il ne suffit pas d’avoir une ou plusieurs Assemblées, en charge du pouvoir législatif, pour donner une direction et une stabilité au pays.

Après ces dix années de Révolution, c’est un constat particulièrement perturbant pour Emmanuel-Joseph Sieyès, car cela bouscule ses idées fondamentales. Celui-ci les avait défendues dans son essai, publié en janvier 1789, « Qu’est-ce que le Tiers état ? ». Cette brochure, tirée à plus de trente mille exemplaires, avait été lue par plus d’un million de personnes, avant les États généraux de 1789.

En 1799, il était enfin convaincu qu’au sommet de l’État, de préférence à ses côtés, il fallait un militaire (une épée), connu et reconnu, pour ses capacités, ses exploits et son caractère de « chef ». Dans ses réflexions sur l’avenir de la future Constitution, Emmanuel-Joseph Sieyès n’avait pas encore compris et donc admis que lui-même ne pourrait pas être ce chef. Il n’avait pas non plus compris que si Bonaparte était ce militaire (épée) espéré, ce dernier, ne se contenterait pas d’être le « second ».

Emmanuel-Joseph Sieyès, comme nous allons le voir, n’aura pas d’autre choix, faute de laisser le pouvoir à la monarchie, en passe de revenir, par les voies légales des élections ou par l’usage d’un coup d’État, ce qu’il a toujours combattu depuis 1789.

 

Sur le front extérieur …

La République française, après les victoires des armées de la Révolution et le traité de Campo-Formio, a annexé plusieurs territoires ou régions limitrophes à la France. C’est ainsi que, par exemple, la République de Genève, la Belgique (Pays-Bas autrichiens), le Luxembourg, une partie de la Hollande jusqu’à Maastricht, sont directement rattachés à la France.

Les autres territoires conquis sont organisés en Républiques-sœurs  (République batave, cisalpine, helvétique, romaine, Parthénopéenne), dans lesquelles, la République française, imposera une administration calquée sur celle du Directoire. Dans tous ces territoires, y compris en France, le Directoire a imposé la « conscription » afin de renforcer les armées de la République.

En Italie, la coalition russo-autrichienne, dirigée par le général russe Souvorov, avait bousculé l’armée du général Jean Victor Moreau à Cassano (27 avril 1799), puis celle du général Macdonald à Trebbia (juin 1799), expulsant les Français des territoires conquis, lors de la première Campagne d’Italie.

En Allemagne, l’armée de Jean-Baptiste Jourdan à Stockach était en train de reculer face à l’armée autrichienne, commandée par l’archiduc Charles.

 

 

2 Biographie de Bonaparte, officier du Roi, général puis premier Consul.

2.1 Son enfance

Avant de faire connaissance avec le personnage, il faut planter le décor. Un an avant la naissance de Napoléon Bonaparte à Ajaccio, le 15 août 1769, la Corse est devenue française. C’est en mai 1768 que la République de Gênes vend la Corse à Louis XV.

À l’époque déjà, les indépendantistes de l’île dirigés par un certain Pascal Paoli pourrissaient la vie des dirigeants génois et c’est avec une certaine satisfaction que ceux-ci voyaient cette cession à la France, en échange d’un prêt de deux millions de livres à la République de Gênes. Une guerre entre Gênes et ces indépendantistes a fait rage de 1729 à 1743.

La famille Paoli, le père Giacinto Paoli et le fils Pascal Paoli, né en 1725, a dû s’exiler à Naples dès 1739. Pascal Paoli, de retour en Corse en 1755, a essayé de fonder une République corse, jusqu’à l’arrivée des Français sur l’île. Confronté à l’armée royale de Louis XV, aidée de soldats corses du Parti français, les indépendantistes perdent l’ultime bataille de Ponte-Novo, en mai 1769.

Après cette défaite, Pascal Paoli s’exila en Angleterre. La France nomma le marquis Charles Louis de Marbeuf comme gouverneur de l’île Corse.

À l’époque, l’Italie que nous connaissons au 21e siècle n’existait pas. On y trouvait plusieurs « duchés et royaumes » indépendants ou rattachés au Saint-Empire Austro-Hongrois, comme le royaume de Lombardie (Nord de l’Italie) et la République de Vénétie.

Aux portes de la France, on trouvait le royaume de Sardaigne et, en direction de Rome, les duchés de Parme, de Modène et de Toscane. Sans oublier les États pontificaux, la République de Venise et, dans le sud de l’Italie, le royaume des Deux-Siciles. La langue parlée en Corse, à l’époque, était un dérivé de l’italien.

Le père de Napoléon, Charles Buonaparte, ancien lieutenant de Pascal Paoli, opta de collaborer pour l’avenir de sa famille, après la défaite face aux troupes françaises. La France accorda son pardon aux indépendantistes et permit à la famille de Charles Buonaparte et à son épouse Letizia de rejoindre Ajaccio, au moment de la naissance de leur deuxième fils, Napoléon. Le premier, Joseph était né en 1768. La famille s’agrandira par la suite, de Lucien en 1775, d’Élisa en 1777, de Louis en 1778, de Pauline en 1780, de Caroline en 1782 et de Jérôme en 1783.

La famille Buonaparte habitait une grande maison, rue Malerba (rue de la Mauvaise Herbe), qu’elle partageait avec des cousins, les Pozzo di Borgo. La tension était souvent vive entre les deux clans, car la famille Buonaparte, bien que de fortune modeste, savait se montrer orgueilleuse et fière. Leurs ancêtres, venus de Toscane, s’étaient installés à Ajaccio depuis plusieurs siècles et pouvaient prétendre à quelque noblesse. En 1771, la famille Buonaparte est reconnue comme noble par le Conseil supérieur de Corse.

Le père de Napoléon, Charles Buonaparte, devenu avocat au barreau d’Ajaccio, amateur de jolies femmes et joueur impénitent, continuait ses intrigues pour la réussite de sa famille. Les Français, ses anciens ennemis, étaient devenus ses meilleurs alliés. Le marquis de Marbeuf, nommé gouverneur de la Corse par Louis XV, fut tout naturellement admis dans la famille Buonaparte, certains diront même, ami intime de Letizia Buonaparte.

Très tôt, Charles Buonaparte, qui avait beaucoup d’ambition pour ses fils, intrigua en vue d’orienter le destin de Napoléon vers une carrière militaire et celui de l’aîné Joseph, vers une carrière ecclésiastique. Le marquis de Marbeuf l’aida dans ses projets, en permettant l’élection de Charles Buonaparte, en tant que député de la noblesse à Versailles, délégué des États Corses.

Ceci permit au marquis de Marbeuf de se rapprocher plus intimement de Letizia Buonaparte et à Charles Buonaparte, de se rapprocher des antichambres ministérielles, en vue d’obtenir des bourses royales, pour ses fils Napoléon et Joseph.

 

****************************

Pour lire la suite, commandez en ligne ou en librairie l’e-book ou le livre broché « L’Histoire de France expliquée » de l’auteur Christian Lacour de Marange.

 

Protected Content

Please enter the password to view this content: