Traité de Versailles
1. Contexte
Le traité de Versailles, signé le 28 juin 1919, par les vainqueurs de la Première Guerre mondiale et l’Allemagne, fut, à certains égards, la « boîte de Pandore » du 20ᵉ et du 21ᵉ siècle. Résultat d’un long et très laborieux « accouchement » entre les 67 nations concernées, à peine signé, ce traité fut vivement critiqué par les peuples des nations vaincues.
Il le fut aussi par le Sénat américain opposé à leur président Wilson. En France, ce traité fut étonnamment perçu comme trop exigeant vis-à-vis de l’Allemagne par les députés socialistes français de la IIIe République.
L’armistice signé le 11 novembre 1918 et plusieurs fois « prolongé » apporta la fin de ce conflit en France et en Belgique. Il restait à signer un traité de paix entre vainqueurs et vaincus pour véritablement mettre fin à la guerre.
Cependant, le fait que le territoire allemand ne fut pas « souillé » par cette guerre engendra dans les esprits des Allemands une incompréhension et même un rejet sur le fait que l’Allemagne avait réellement perdu la guerre. Ce sentiment « injuste » vu du côté allemand perdura jusqu’à la Seconde Guerre mondiale.
Avant 1914, les résolutions des conflits en Europe étaient gérées au sein du « concert européen » auquel participaient toutes les grandes nations comme la France, la Russie, le Royaume-Uni, l’Autriche-Hongrie, la Prusse devenue l’Allemagne en 1871. Jusqu’à cette époque, la langue diplomatique officielle dans les discussions au sein du « concert européen » et la rédaction des traités était faite en français.
Cependant, comme l’a fait remarquer Raymond Aron en 1981 : « La guerre de 14 avait commencé comme une guerre européenne. Elle était devenue mondiale vers la fin, par l’intervention des États-Unis […]. Du coup, la notion de concert européen appartenait à un passé révolu. »
Le président américain Woodrow Wilson avait annoncé, le 18 novembre 1918, qu’il participerait personnellement en Europe aux négociations de paix. Sa décision fut vivement critiquée par son opposition républicaine, qui lui reprochait de compromettre son « ascendant moral » et l’autorité des États-Unis. En Europe, la nouvelle n’a pas non plus été accueillie dans l’enthousiasme au sein des gouvernements français et britanniques.
L’organisation des travaux, autour de ce traité de paix, basée sur celle du « concert européen » s’en trouva fortement perturbée. D’autant que Wilson avait laissé entrevoir des exigences concernant les différences de vues entre ce qui se pratiquait en Europe dans le passé et ce qu’il voulait y imposer pour l’avenir.
Wilson ne voulait surtout pas limiter la voix uniquement aux grandes puissances, comme dans le cas des « concerts européens » et imposer un « ordre du jour » aux différentes réunions. De ce fait, il a provoqué un engorgement infini de sujets détaillés et contradictoires, débattus durant plusieurs semaines par de nombreuses commissions.
Ce système voulu par Wilson a engendré des centaines de réunions ayant toutes les difficultés du monde pour arriver à définir clairement des propositions. En finale, le conseil des « Dix » bien qu’assisté par des dizaines de commissions mises en place, reviendra après quatre mois infructueux à un conseil des « Quatre » comme dans les « concerts européens ».
Pour mieux comprendre ce qui a capoté dans ce travail de rédaction du traité et ses conséquences, il faut ici donner un éclairage sur les principaux personnages impliqués, responsables de ce désastre.
Ce traité fut le fait des nations victorieuses au détriment des vaincus. Hélas, toutes les nations victorieuses n’étaient pas considérées au même niveau, par les États-Unis et les Britanniques.
Par exemple, la Belgique, agressée par les Allemands depuis le 02 août 1914, avait réussi pendant quatre ans, grâce aux armées françaises et britanniques, à maintenir une partie de son territoire, libre des envahisseurs. La Belgique avait subi autant de pertes humaines que les États-Unis dans ce conflit. Elle ne fut pas, contre toute attente, conviée à la table des vainqueurs.
Très rapidement, les principaux pays impliqués dans la victoire essayèrent d’imposer leur vision totalement opposée dans la rédaction de ce traité. Les États-Unis étaient représentés par le président démocrate Woodrow Wilson. Georges Clemenceau, président du gouvernement et ministre de la Guerre, représentait la France. Le Premier ministre Lloyd George représentait le Royaume-Uni et enfin, le président du Conseil Vittorio Orlando représentait l’Italie.
Les autres pays alliés ou associés aux vainqueurs furent uniquement consultés pour avis sur les différents sujets concernés. Ce fut notamment le cas de la Serbie, de la Belgique, de la Grèce, du Japon, de la République de Chine, de Cuba, du Nicaragua, du Portugal, de la Pologne, du Panama, de la Roumanie, de Siam et de la Tchécoslovaquie.
Au-delà des aspects économiques et géopolitiques, tous les principaux personnages européens avaient une profonde culture de l’histoire de chaque pays. Le seul qui en était totalement démuni et pour cause, c’était le président américain Woodrow Wilson. Ce fut aussi la première fois, depuis un siècle, qu’un président des États-Unis se déplaçait à l’extérieur de ce pays.
En 1918, les États-Unis avaient à peine deux siècles d’existence, avec une histoire chaotique et particulièrement pauvre, comparativement aux vieilles nations d’Europe. Wilson, qui n’avait aucune culture de l’histoire européenne, ne pouvait pas comprendre les désidératas de ses peuples. Les Européens comprirent rapidement que Wilson ne voulait pas tenir compte de leurs soucis.
En fait, tout ou presque, dans la préparation à ce traité de paix, était voué à l’échec bien avant que le moindre travail ne soit commencé. En effet, du côté des principaux intervenants, il y avait une profonde différence dans l’interprétation des événements entre les « Européens » et les Américains.
D’autre part, les Allemands, via leur délégation mandatée pour la signature de ce traité de paix aux conditions des vainqueurs, étaient contraints d’y assister au plus tard le 28 juin 1919. La signature de l’armistice n’avait pas mis fin à la guerre, seule la signature du traité de paix le permettrait.
Les Allemands étaient très réticents à reconnaître leurs responsabilités dans le déclenchement de ce conflit, objet des articles 231 et 232 du traité de Versailles. Aussi, les Français les avaient menacés de reprendre immédiatement les hostilités sur leur territoire, en cas de refus.
Selon la volonté exacerbée du président Wilson, plus ou moins soutenue par le Premier ministre britannique et à tort par Clemenceau, tous les pays vaincus subirent des modifications de leur superficie, conformément à une interprétation théorique, vague et arbitraire du principe des « nationalités ».
Ce fut essentiellement à cause de cette folle interprétation sans véritable fondement que le monde fut malheureusement profondément transformé après 1919.
Toute la géographie des nations et des peuples de l’Europe centrale venait d’exploser, soit parce que certains étaient membres des nations vaincues, soit qu’ils étaient sous leur domination.
Toute la géographie de l’Europe va se trouver profondément modifiée après le traité de Versailles, mais hélas, pas de façon simple, logique ou humaine.
Presque toutes les nationalités, dans cette nouvelle Europe post–1919, furent manifestement déçues, laissant envisager de futurs conflits ayant pour source d’évidentes injustices liées à un découpage arbitraire. Wilson fut le principal responsable de cette mauvaise reconstruction des nouvelles nations d’Europe.
Parmi les pays vaincus, l’Allemagne, pourtant principale responsable de cette guerre, perdit seulement 90 000 km2, soit, à peine un huitième de sa superficie de 1914. L’Allemagne, contre toute attente côté français, conserva toutes ses capacités industrielles et démographiques, ce, au détriment de la sécurité future de la France.
La principale superficie tronquée de l’Allemagne fut agrégée à la recréation de la Pologne, qui avait été dissoute en 1795 dans les trois Empires. La nouvelle Pologne reçut aussi une grande superficie provenant de l’ancien Empire russe et une autre, plus petite, prélevée sur l’ex-empire d’Autriche-Hongrie.
L’Allemagne perdit aussi toutes ses colonies en Afrique, en Chine et dans le Pacifique, au profit des différents pays victorieux. Cependant, contre toute logique, la superficie de l’ancienne Prusse orientale, bien que séparée de l’Allemagne par le « couloir de Dantzig » devenu polonais, fut conservée.
Si l’Allemagne fut étonnamment « épargnée » ce fut l’ancien Empire d’Autriche-Hongrie qui perdit le plus, avec 60% de la superficie de son territoire. Une très grande partie, située au nord de l’ex-empire, fut transformée arbitrairement en un nouveau pays de 128 000 km2, appelé Tchécoslovaquie. Ce dernier, en 1992, se scinda en deux pays distincts, la Tchéquie et la Slovaquie.
Au sud de cet ex-empire, une autre grande superficie fut séparée et ajoutée à la Serbie, à la Bosnie et au Monténégro pour la création, là encore arbitrairement, d’un nouveau pays de 248 000 km2, appelé Yougoslavie. L’Autriche et la Hongrie, deux nouvelles républiques, furent définitivement séparées.
La Yougoslavie, en 1919, comprenait différentes ethnies diamétralement opposées dans tous les facteurs de la société. Ce nouveau pays était composé de Croates, de Slovènes, de Serbes et de Dalmates. Les tensions et émeutes y furent de plus en plus violentes jusqu’en 1980. Elles finirent par des conflits armés et la dislocation progressive de la Yougoslavie en sept pays totalement opposés.
Depuis 2003, la Yougoslavie a totalement disparu pour laisser place à la Serbie, la Bosnie-Herzégovine, la Croatie, la Slovénie, le Kosovo, le Monténégro et la Macédoine du Nord.
À l’Ouest de l’ancien Empire russe, devenu l’U.R.S.S (Union des Républiques socialistes Soviétiques) en 1922, de nouveaux pays furent officiellement reconnus indépendants. Ceux-ci étaient la Finlande, l’Estonie, la Lettonie et la Lituanie.
La Grèce et la Roumanie, alliées tardives des franco-britanniques, récupérèrent des territoires du feu Empire austro-hongrois mais aussi de la Bulgarie et de l’ancien Empire ottoman. Ces deux derniers étaient alliés de l’Allemagne.
Tous ces découpages arbitraires et souvent contre-nature, furent l’objet de nombreux conflits et transformations durant tout le 20e siècle. Certains furent à l’origine de la Deuxième Guerre mondiale.
Malheureusement pour les nations européennes, en 1918, les États-Unis étaient devenus la première économie mondiale et ce fut la seule raison de les avoir à la table des négociations. La prospérité économique et financière des États-Unis était pourtant largement due à leur rôle de créancier des Britanniques et des Français pendant les quarante premiers mois de cette guerre, où les Américains étaient volontairement restés neutres.
Wilson, après sa tentative personnelle fin 1918 heureusement avortée, de court-circuiter les Français et les Britanniques, en vue d’une signature d’un armistice directement avec les Allemands, abusait de sa place à la table des vainqueurs. Il essaya en permanence d’imposer sa vision sur les événements en cours.
Le plus grave dans sa tentative de gérer seul la réalisation de cet armistice, fut que Wilson avait secrètement proposé aux Allemands une paix, sur la base de ses « 14 points » et sur « le droit aux nations de disposer d’elles-mêmes ». La proposition incongrue et unilatérale de Wilson était évidemment très favorable aux Allemands et n’apportait aucune information sur les responsabilités du conflit ni sur les réparations et dommages de guerre.
Wilson, probablement pour des raisons inavouables aux Européens encore en guerre avec les Allemands en 1918, n’avait pas, au préalable, discuté de sa proposition avec les Français et les Britanniques. En laissant ces derniers dans l’ignorance de ses secrètes propositions, Wilson fut ainsi responsable du rejet du traité de Versailles par le peuple allemand qui avait été sensibilisé par son programme en 14 points, véritablement peu contraignant.
Wilson, par ses initiatives irresponsables entraînant le rejet du traité de Versailles par les Allemands et la modification géographique des nations pour le respect des « nationalités« , était aussi, par voie de conséquence, partiellement responsable du déclenchement de la Deuxième Guerre mondiale.
Wilson réussit cependant à imposer partiellement aux nations européennes son programme du « droit des nations à disposer d’elles-mêmes » résumé dans ses « 14 points de Wilson » et la création d’une SDN, Société des Nations, pour « soi-disant » éviter les guerres futures.
Le cauchemar pour la France avait commencé par le souhait utopique de Wilson de créer, dès 1918, la SDN. Profondément socialiste et très naïf, Wilson imaginait un monde en paix. Dans sa vision, étonnamment simpliste, tous les membres de cette SDN accourraient pour aider celui qui serait agressé. Une première fois ridiculisé aux yeux du monde entier, le premier pays à refuser son adhésion à la SDN fut les États-Unis.
La SDN (Société des Nations), devenue l’ONU (Organisation des Nations Unies) en 1946, a démontré son inefficacité totale depuis un siècle. Cette organisation n’a jamais pu éviter les guerres et n’a pas permis la résolution des conflits dans le monde.
Cette idée de fondation de la SDN, en 1918, était d’autant plus saugrenue que la guerre en Orient et précisément en Russie n’était pas achevée ou stabilisée.
Cependant, la création de cette SDN, à la demande du président américain, répondait à sa stratégie, de mettre en place un commerce mondial et libre, tel que parfaitement décrit dans ses 14 points.
Cet objectif fut le début, déjà en 1918, d’une volonté clairement affichée par les États-Unis, de construire un marché mondial sans barrières douanières. Ce marché devait se faire essentiellement à leurs profits et de ce fait, il fallait aplanir, voire effacer, toutes les contraintes que représentaient les vieilles nations européennes.
Les États-Unis, grâce à quelques « élites » françaises complices et aveuglées par leur idéologie, parviendront à mettre en œuvre dès la fin du 20e siècle un marché libre de concurrence dans toute l’Europe de l’Ouest. La construction de ce marché « européen » se fit hélas, au détriment de la France et contre la volonté de la majorité des Français, comme le prouve le résultat du référendum de 2005.
Néanmoins, au-delà de l’aspect purement idéologique, une question venait immédiatement à l’esprit. Comment cette SDN pourrait survivre et être efficace sans un budget important et une force militaire, à la hauteur de sa tâche. En 1918, les grandes nations européennes étaient exsangues et ruinées. Les États-Unis en 1919 étaient très loin d’avoir une force armée suffisante et compétente pour ce type de mission.
Clemenceau, hélas, concernant cette SDN, tomba dans le piège grossier tendu par Wilson. Clemenceau, alors âgé de 78 ans, rencontra de grandes difficultés pour s’en extraire, par manque de charisme, d’autorité et probablement, de volonté sincère. Le manque de compétence et de courage de Clemenceau durant le travail de ce traité de paix en fit un complice de Wilson dans cet échec retentissant et mémorable.
Contrairement aux soldats français, Clemenceau eut une attitude désastreuse pour la France en 1919. Il aura bien mérité le surnom « perd la Victoire » à l’issue de la signature de ce traité de Versailles. Malheureusement, son manque de persévérance concernant les indemnités de guerre fut copié et amplifié par d’autres chefs du gouvernement de la IIIe République, tels les socialistes Aristide Briand et Alexandre Millerand.
Évidemment, Wilson, comme le Premier ministre britannique, Lloyd George, comptait sur la naïveté et le pacifisme légendaire des gouvernements de la IIIe République française pour exploiter, à moindre coût, les forces militaires françaises. En 1919, parmi les grandes puissances, seuls, le Royaume-Uni, l’Italie et la France, naïvement, avaient adhéré à la SDN.
Concernant le traité de paix, les réclamations de Clemenceau étaient à l’opposé de Wilson. Il exigeait le retour en France des départements d’Alsace et de la Moselle, et d’autre part que l’Allemagne reconnaisse sa responsabilité dans cette guerre et qu’elle paye des indemnités pour les dommages causés en France.
Malheureusement, à cause des Américains soutenus par les Britanniques, mais aussi de certains membres socialistes du gouvernement français, ces indemnités ne furent jamais totalement payées. La France ne perçut que 9,5 milliards de marks-or sur les 132 milliards de marks-or que l’Allemagne devait payer au titre des dommages de guerre.
Le cauchemar pour les nations européennes ne s’arrêta pas là. Chez Wilson, sa culture générale de l’histoire du monde était bloquée sur l’idole insoupçonnée, Lénine, le leader bolchévique de la révolution russe de 1917. En effet, alors qu’il voulut défendre ses idées « révolutionnaires » de gauche pour le « bénéfice » des peuples, Wilson interviendra pour défendre son programme de « droit aux nations de disposer d’elles-mêmes ».
Malheureusement pour Wilson, le leader bolchévique Vladimir Ilitch Lénine avait, en 1903, développé longuement cette approche ultra-socialiste, dans le paragraphe 9 de son programme marxiste, déjà titré à cette époque « droit des nations à disposer d’elles-mêmes ».
Cependant, contrairement à Wilson qui, en 1918, défendait sa théorie d’États de « nationalités » plus fragiles, plus dociles et aisément soumis, dans un marché économique mondial, Lénine et Kautsky, dans leur programme marxiste, face à la spartakiste Rosa Luxemburg, préconisaient des États « Nationaux » indépendants.
Un comble pour ce président américain qui venait de plagier le leader bolchévique à la tête de la Russie communiste. Les auteurs de son programme avaient probablement pris la précaution de lui cacher les sources de leur travail.
Wilson avait, le 8 janvier 1918, présenté devant le Congrès des États-Unis un extrait de son programme pour « mettre fin » à la Première Guerre mondiale. Ce programme résidait en 14 points, repris plus bas, et préparé par un « groupe de travail » composé d’universitaires, fort probablement, comme lui, naïfs et de gauche socialiste.
À la lecture de ce programme, une question apparut dans l’esprit des publics. Les auteurs de ce programme, comme le président Wilson, avaient-ils fumé la « moquette » ? Évidemment, le Congrès ne pouvait valider un programme aussi utopique, mais Wilson, aveuglé par son idéologie, essaya malgré tout de l’imposer aux Européens en 1919.
Enfin, pour compléter le « tableau » Wilson, il fut celui qui refusa à Clemenceau, par deux fois de façon très ferme, le retour en France des départements de l’Alsace et de la Moselle. Opposé à Wilson, Clemenceau réclamait avec insistance ces territoires « irrédents ». Le Premier ministre britannique, Lloyd George, avait pourtant soutenu Clemenceau dans sa démarche.
Dans un extrait d’une conversation concernant les départements de l’Alsace et de la Moselle, entre Clemenceau et Wilson, ce dernier aurait dit au premier : « L’annexion à la France de ces régions n’a pas de base historique suffisante. Une partie de ces territoires n’a été française que pendant vingt-deux ans ; le reste a été séparé de la France pendant plus de cent ans ».
Cet objet relatif à la restitution de ces départements à la France était pourtant le huitième dans ses 14 points, signe flagrant d’une évidente insincérité de la part de Wilson.
Preuve aussi de son ignorance totale de l’histoire entre la France et l’Allemagne, il considérait que ces départements avaient été cédés en 1870 et qu’il était hors de question d’y revenir.
Wilson fut très attentif pendant les travaux de rédaction de ce traité, à ce qu’on ne cite pas un montant d’indemnité de guerre à payer par l’Allemagne. Durant cette guerre, les États-Unis, tout comme le Royaume-Uni, n’ont subi aucun dommage sur leur sol, contrairement à la France et la Belgique.
Clemenceau, représentant la France meurtrie, était pourtant en droit de demander au conseil des « Quatre » concernant le point des indemnités de guerre, en quoi Wilson avait-il la moindre légitimité pour imposer sa volonté ?
Il faut noter ici que Wilson, dans ses 14 points repris plus bas, ne parla pas de l’Allemagne post–1919. Le découpage de ce pays vaincu et ses responsabilités dans le déclenchement de ce conflit, tout comme les dommages de guerre vis-à-vis de la France et de la Belgique, y sont totalement absents.
Ce fut aussi le cas, concernant le problème pourtant central, de la sécurité future de la France, face à une Allemagne post–1919, dans laquelle toutes les forces économiques et industrielles étaient étonnamment conservées.
Dans le silence assourdissant et intriguant de Wilson relatif aux sanctions de l’Allemagne vaincue, le président américain, lors de la conférence de la paix, laissa définitivement planer un sérieux doute sur sa germanophilie. On savait hélas que cette sensibilité germanophile était largement partagée aux États-Unis au début du 20e siècle.
Wilson refusa aussi à l’Italie représentée par Vittorio Orlando, président du gouvernement italien, l’application des accords du pacte de Londres signé le 26 avril 1915, avec le Royaume-Uni et la France. Ainsi, l’Italie ne put récupérer toutes les terres « irrédentes » prévues dans cet accord. La position très dure et injustifiée de Wilson concernant la non-application du traité de Londres provoqua la scission au sein du conseil des « Quatre » et le départ définitif d’Orlando.
Wilson, durant la rédaction de ce traité, réagira toujours comme un banal comptable « américain » incapable d’élever son esprit et ses réflexions à la hauteur de cette lourde et noble tâche. En résumé, il ne fut vraiment pas à la hauteur de cette mission, mais hélas, seul le Congrès américain, en 1919, le savait.
Pour qu’un traité international soit adopté aux États-Unis, il fallait que celui-ci soit voté à la majorité des deux tiers par le Congrès. Dans ce dernier, en 1919, le Parti des républicains était majoritaire et totalement opposé au projet du démocrate et socialiste Wilson. Ce fut le second camouflé, pour ce dernier, car le Congrès des États-Unis refusa, en finale, de signer le traité de Versailles.
Fort heureusement pour les Français, un document, daté du 26 octobre 1870, retrouvé dans la correspondance de l’empereur allemand Guillaume 1ᵉʳ, apporta la preuve nécessaire. Dans ce courrier, Guillaume 1ᵉʳ, informait son épouse, l’impératrice, de son souhait d’acquérir les territoires de l’Alsace et de la Moselle, uniquement pour un besoin stratégique, afin d’obliger les armées françaises à reculer, en cas d’une nouvelle guerre.
En novembre 1918, seule la menace « bolchevique » toujours active en Russie et au sein des travailleurs socialistes allemands, hongrois, italiens et français, laissait planer un danger pour les démocraties d’Europe qui étaient incapables d’enrayer ce fléau.
Ce fut en Allemagne que le mouvement socialiste et « bolchevique » eut les premiers effets en proclamant la République de Weimar, le 9 novembre 1918. L’Empire allemand, responsable de ce conflit, devenait une République fortement influencée par les idées « communistes » et « bolcheviques » de la révolution russe.
Les Britanniques, d’abord contraints d’entrer dans cette guerre, avaient vu leurs deux armées résister très difficilement face aux Allemands, mettant souvent en péril la fiabilité du front. À chaque fois, ils furent secourus par les armées françaises. Les Allemands avaient très tôt décelé la faiblesse des armées britanniques, devenues le maillon faible du front à l’ouest.
Les Allemands avaient aussi misé sur la légendaire inimitié franco-britannique chez certains généraux des deux camps pour cibler leurs offensives. Dépourvu de ressources suffisantes en hommes, le Royaume-Uni avait dû solliciter ses colonies comme le Canada, l’Australie et l’Inde.
En finale, les armées françaises victorieuses sur tous les fronts avaient nourri une profonde crainte dans l’esprit des Britanniques. Hélas, ceux-ci voyaient d’un mauvais œil la France retrouver sa première place de puissance militaire en Europe, mais aussi dans le monde.
En 1918, sur tous les fronts, l’armée française avait démontré qu’elle était redevenue la première puissance militaire mondiale. Ceci joua aussi dans les négociations pour ce traité.
Les Britanniques, fortement affaiblis à l’issue de la Première Guerre mondiale et en pleine guerre d’indépendance irlandaise, sans doute pour des raisons financières et géopolitiques, se rangèrent souvent du côté des États-Unis, dans ce travail autour du traité de Versailles. Le Premier ministre britannique Lloyd George, en partageant les principales décisions de Wilson, fut lui-aussi responsable des conséquences de ce désastreux traité de paix.
Ce fut, hélas aussi, le cas pour les autres traités qui complétèrent celui de Versailles. Ces traités concernaient les autres pays alliés de l’Allemagne. Ce fut le cas pour l’Autriche avec le traité de Saint-Germain-en-Laye du 10 septembre 1919, pour la Bulgarie avec celui de Neuilly du 27 novembre 1919. Il en fut de même pour la Hongrie avec le traité du Trianon du 4 juin 1920, pour l’Empire ottoman avec le traité de Sèvres le 10 août 1920 et enfin de celui de Lausanne, le 24 juillet 1923.
Les résolutions des divers conflits en Europe par le « concert européen » n’étaient pas parfaites, mais en finale, le traité de Versailles fut, sans aucun doute, le plus mal conçu depuis plus de deux siècles.
Les Américains, déjà en 1918, par leur intervention arbitraire et l’attitude souvent intransigeante du président Wilson dans la rédaction de ce traité, apportèrent leur lot de complications et de décisions injustes, vis-à-vis des vainqueurs de ce conflit. Ce fut le cas pour la Belgique ou l’Italie et, dans une certaine mesure, pour la France.
Cependant, la théorie Wilsonienne du regroupement par « nationalités » vis-à-vis des vaincus, excepté l’Allemagne, va entraîner de très nombreuses difficultés dans tous ces nouveaux petits pays où toutes les institutions étaient à reconstruire.
Pour le démocrate Wilson, les « coupables » devenaient des « victimes » à qui il fallait accorder « un droit de disposer d’elles-mêmes ». Les 12 millions de victimes européennes peuvent remercier le président Wilson pour son empathie flagrante, naïve, néanmoins coupable, vis-à-vis des principaux responsables de ce conflit.
******************************************
Pour lire la suite, commandez en ligne ou en librairie l’e-book ou le livre broché « L’Histoire de France expliquée » de l’auteur Christian Lacour de Marange