Napoléon 1er
1. Contexte de début
1.1 Nouvelle Constitution
La Constitution de l’An XII est proclamée le 18 mai 1804. Le texte de cette Constitution annonce que « le gouvernement de la République est confié à un empereur qui prend le nom d’empereur des Français« . Cet empereur sera Napoléon 1er, dont la succession est dévolue à sa descendance, par ordre de primogéniture masculine.
Cette Constitution sera approuvée par plébiscite, le 2 août 1804, avec plus de 3 500 000 voix pour et 2 500 contre.
1.2 Le Sacre
Nommé empereur des Français, en mai 1804, Napoléon, après avoir convié le pape Pie VII à Paris, organisera la cérémonie du sacre. Celle-ci se déroulera à la cathédrale Notre-Dame de Paris, le 2 décembre 1804. Napoléon se couronnera lui-même, soulignant par ce geste qu’il ne détient pas son pouvoir au nom de Dieu, contrairement aux précédents rois de France.
À l’occasion de cette cérémonie, il couronnera aussi son épouse Joséphine. Contrairement au tableau de Jacques-Louis David, qui présente la scène du couronnement à Notre-Dame, Letizia, la mère de Napoléon, n’a pas assisté à cette cérémonie.
2. Les actions de Napoléon 1er
2.1 À l’extérieur du pays
Ne pouvant compter sur les députés des différentes Assemblées de la Révolution, Napoléon, en tant qu’empereur, fera comme Bonaparte en tant que Premier Consul ; il investira sur son « petit état-major » et sur les membres de sa famille. Il nommera, parfois contre leur volonté, ses frères à la tête de certains royaumes. Napoléon n’avait aucune confiance dans tous ces « politiciens » des Assemblées, incompétents et souvent corrompus.
Cependant, conscient qu’il ne pouvait diriger seul cet immense territoire, qu’était la France, agrandie des pays conquis lors de ses batailles, il espérait compter sinon sur la compétence, au moins sur l’obéissance de ses frères, aux postes qu’il leur avait confiés. Hélas, il sera souvent déçu par ceux-ci. C’est aussi pourquoi, à défaut, il sera obligé de se reposer sur les services et les conseils de certains de ses ministres, comme Talleyrand et Fouché, qu’il savait pourtant, pas toujours fiables.
En ce qui concerne les territoires conquis hors de France, Napoléon continuera le travail commencé par la République. Il gérera ces pays, comme d’une part, des « Républiques sœurs » de la France et d’autre part, des « protections » contre les invasions venant des pays à l’Est de l’Europe. Ces « Républiques sœurs » auront la même gestion administrative que la France. Le Code civil français sera imposé à tous ces pays.
D’autre part, ces derniers fourniront un contingent de conscrits, pour renforcer les armées françaises. Ce qui entraînera quelques difficultés de coordination sur les divers champs de bataille, à cause des différentes langues utilisées dans ces pays. Ces contingents, intégrés à la « Grande Armée » française, seront aussi, par manque d’expérience et surtout de motivation, la cause de quelques déboires, lors de certaines batailles.
Après la débâcle anglaise de 1794-1795, le pays qui s’appelle « Hollande » au 21e siècle, a été placé sous le protectorat de la République française. Cette région géographique, rebaptisée « République batave » sera la première des « Républiques sœurs » qui formeront un cordon de protection de la France contre les envahisseurs venant des pays, à l’Est de l’Europe.
Après les défaites autrichiennes de Marengo, le 14 juin 1800, et de Hohenlinden, le 3 décembre 1800, contre la France, l’empereur du Saint-Empire François II a été contraint de signer le traité de paix séparé de Lunéville le 9 février 1801. Dans ce traité, où furent dissous une centaine de petits États, appartenant au Saint-Empire, la Suisse put, grâce au Premier Consul Bonaparte, trouver enfin son indépendance.
La République Cisalpine de 1797 devient en 1802 la République italienne. Cette dernière se transformera, le 17 mars 1805, en Royaume d’Italie. Le 26 mai 1805, Napoléon sera couronné roi d’Italie à Milan. Eugène de Beauharnais, fils de Joséphine, sera nommé vice-roi d’Italie le 7 juillet 1805. Ce royaume d’Italie s’agrandira progressivement au fil des guerres, jusqu’en 1809.
2.1.1 Troisième coalition ou Campagne des trois empereurs
Les Anglais, bien qu’ayant signé le traité de paix d’Amiens le 25 mars 1802, continuaient à œuvrer en secret pour se préparer à la prochaine confrontation militaire avec la France. Le Premier ministre anglais William Pitt « le jeune » appelé ainsi, d’une part, parce qu’il fut le plus jeune premier ministre élu au Royaume-Uni, en 1783 à l’âge de 24 ans et d’autre part, parce qu’il était le fils de l’ancien premier ministre portant le même nom, William Pitt « l’ancien ».
Difficile d’imaginer qu’un pays comme le Royaume-Uni, même peuplé seulement de dix millions d’habitants en 1800, puisse nommer à la tête de son gouvernement un jeune homme de 24 ans seulement. William Pitt « le jeune » était revenu aux affaires à partir du 10 mai 1804, à l’âge de 45 ans, dans une situation de tension extrême concernant les finances du royaume. C’est grâce à, ou à cause de William Pitt « le jeune », que les Anglais rejoignirent la troisième coalition anti-France. Celle-ci, regroupera aussi la Russie, l’Autriche, le royaume de Naples et la Suède.
Le gouvernement britannique, le 1er mai 1803, a sommé la France d’évacuer le territoire de la « Hollande » (République batave) que celle-ci occupait depuis 1795. Or, dans le traité de paix d’Amiens, signé le 25 mars 1802, les Anglais devaient se retirer de l’île de Malte, ce qui, en mai 1803, n’était toujours pas fait. La France opposa une fin de non-recevoir au Royaume-Uni. Les Anglais s’emparèrent des mille deux cents navires de commerce français, qui mouillaient à Malte.
La flotte de guerre anglaise, le 21 octobre 1805, commandée par l’amiral Nelson, affronta la flotte franco-espagnole, au large du Cap de Trafalgar, en Espagne. Au cours de cette bataille, 23 navires, dont 13 français, furent capturés ou coulés et l’amiral Nelson fut tué.
Cette nouvelle défaite navale française, après l’affaire d’Aboukir, en août 1798, laissera la France sans capacité d’envahir le Royaume-Uni, comme l’avait envisagé quelques temps, Napoléon 1er. Celui-ci, contraint par l’absence d’une véritable flotte de guerre, se retournera sur les autres coalisés, laissant les Anglais rester maîtres des océans et du commerce maritime.
Notons ici que les Anglais profiteront de cette situation pour continuer et amplifier leur commerce de la traite négrière, qu’ils arrêtèrent cependant, à la fin de 1807. Ne pouvant battre les Anglais sur les mers, faute d’une flotte de guerre, Napoléon va essayer d’imposer, aux pays vaincus lors des coalitions anti-France, un blocus des navires anglais, dans tous les ports de l’Europe.
Regroupant ses armées, fortes de plus de cent quatre-vingt mille hommes, quarante mille cavaliers et plus de trois cent cinquante canons, Napoléon fonça sur la Bavière (actuellement en Allemagne du sud). Là, à Ulm, l’attendait une armée autrichienne de plus de quarante mille hommes. Après une demande de reddition, adressée par Napoléon, au commandant autrichien le feld-maréchal Mack, Ulm capitula le 20 octobre 1805.
Les faibles pertes françaises (500 tués et 1 000 blessés) face à celles des Autrichiens (4 000 tués et plus de 25 000 prisonniers), confortèrent Napoléon de poursuivre sa marche forcée vers Vienne en longeant le Danube. Napoléon entra dans Vienne, le 15 novembre 1805.
Poursuivant les armées de la coalition Austro-Russes, il remporta une importante bataille à Austerlitz, en Moravie, le 2 décembre 1805. L’armée de Napoléon, composée de 73 000 hommes, a vaincu les armées russes et autrichiennes, composées de 86 000 hommes. Cette bataille fut surnommée la « Bataille des trois Empereurs ». En effet, les armées russes étaient sous le commandement du tsar Alexandre 1er et les armées autrichiennes, sous la direction de l’empereur François II du Saint-Empire.
Les conséquences de cette bataille seront très importantes. En premier, en ce qui concerne les pertes, du côté des coalisés, se chiffrent à 4 000 tués, 12 000 blessés et 11 000 prisonniers, alors que selon les différents historiens, les pertes françaises étaient de 1 500 tués et 7 000 blessés.
Ensuite, si Napoléon accepta de signer l’armistice avec le tsar Alexandre 1er, il sera plus exigeant vis-à-vis de l’Autriche vaincue à nouveau. L’Autriche, par le traité de Presbourg, signé le 26 décembre 1805, devra céder le Tyrol à la Bavière, alliée de la France, mais aussi la Vénétie avec Venise, l’Istrie et la Dalmatie qui seront rattachés au royaume d’Italie.
Avec la Prusse, qui allait rejoindre la troisième coalition anti-France, Napoléon conclut un traité d’alliance, qui se traduit par un échange de territoires. La Prusse reçoit le Hanovre et la France, le canton de Neuchâtel en Suisse.
Napoléon, à la suite de cet épisode, va réduire les territoires du Saint-Empire, en créant deux nouveaux royaumes, alliés de la France (au sud de l’actuelle Allemagne), celui de la Bavière et du Wurtemberg, ainsi que les deux grands duchés de Berg et de Hesse-Darmstadt. Il réunira ces territoires, dans une « Confédération du Rhin » le 12 juillet 1806.
La formation de la « Confédération du Rhin » autour des rois de Bavière, de Wurtemberg, du grand-duc de Berg et de Clèves (Murat), de l’archevêché de Mayence et des princes de Bade, de Hesse-Darmstadt et de Nassau, sonna la fin du Saint-Empire. L’empereur François II dut abandonner son titre d’Empereur des Romains, en abdiquant, pour ne conserver que celui d’empereur d’Autriche, sous le nom de François 1er. La Diète d’empire sera, elle, dissoute le 6 août 1806.
Notons ici que Napoléon venait de réaliser ce que les différents rois de Prusse souhaitaient obtenir depuis plus d’un siècle, se débarrasser de la tutelle du Saint-Empire, pour envisager un regroupement des territoires « allemands ». Ce qui entraînera de sérieuses conséquences pour la France, durant le siècle suivant.
D’autre part, Napoléon destitua Ferdinand 1er, roi des Deux-Siciles, parce qu’il avait rompu son engagement de neutralité dans ce conflit. Napoléon confia le royaume de Naples à son frère Joseph. Enfin, il transforma la République batave en royaume de Hollande, auquel il nomma roi, son autre frère Louis, époux d’Hortense de Beauharnais, la fille de Joséphine.
2.1.2 Quatrième coalition ou Campagne de Prusse
Pourtant, totalement prévisible, la quatrième coalition anti-France viendra du roi de Prusse, Frédéric-Guillaume III, qui n’acceptait pas la réorganisation des territoires « allemands » imposée par Napoléon. Poussé par les Russes et partiellement financé par les Anglais, Frédéric-Guillaume III, lance un ultimatum à Napoléon en septembre 1806.
Le roi de Prusse a été aussi indigné du fait que Napoléon, souhaitant faire la paix avec le Royaume-Uni, venait de lui proposer le Hanovre, alors qu’il l’avait promis avant, à la Prusse. La France devra dissoudre la « Confédération du Rhin » avant le 1er octobre 1806.
Ultimatum volontairement irréalisable, Napoléon répond en rassemblant la « Grande Armée » à Bamberg, qu’il lance à l’offensive en direction de Berlin. L’objectif de Napoléon était d’écraser les armées prussiennes, avant que celles-ci ne reçoivent des renforts, provenant de la Russie. Après quelques ultimes batailles et écrasantes victoires de la « Grande Armée » à Schleiz le 9 octobre 1806, à Iéna et Auerstaedt le 14 octobre 1806, Napoléon entra dans Berlin le 27 octobre 1806.
Le roi Frédéric-Guillaume III et la reine Louise s’étaient enfuis de la ville, pour rejoindre Königsberg, sur les bords de la Mer Baltique, protégée par les Russes. Frédéric-Guillaume III a refusé de signer l’armistice, proposé par Napoléon, malgré les défaites de toutes les armées prussiennes.
Le 28 octobre 1806, l’armée du général Lannes, aidée de la cavalerie de Murat, capturèrent les troupes du prince Hohenlohe, à Prenzlau. Fin octobre 1806, toutes les armées prussiennes avaient été écrasées, laissant plusieurs dizaines de milliers de tués et plus de 150 000 prisonniers. À ce moment-là, l’armée russe, envoyée en renfort aux prussiens et composée de 60 000 hommes, se trouvait encore sur le territoire de la Pologne.
Comme l’Autriche, la Russie avait fortement irrité Napoléon, lequel avait été pourtant magnanime avec le tsar Alexandre 1er, déjà vaincu lors de la troisième coalition, en décembre 1805.
Informé des cuisantes défaites des armées prussiennes à Iéna et Auerstedt, le maréchal Benningsen, commandant les armées russes, envoyées en renfort aux prussiens, décide de rester sur le territoire polonais, derrière le grand fleuve, la Vistule. Il va faire fortifier ses différentes positions de Varsovie à Königsberg, en attendant le reste des armées russes, en provenance de la région du Niémen.
Napoléon, de novembre à fin décembre 1806, déploie ses armées sur trois axes. Un corps d’armée fera le siège de Dantzig, alors que le gros des forces franchira la Vistule à trois endroits, Thorn, Plock et Varsovie, l’ancienne capitale du royaume de Pologne. D’autre part, Napoléon a confié la prise de Breslau à son frère Jérôme, à la tête d’un corps d’armée.
Murat entrera, le 26 novembre 1806, dans Varsovie, évacuée par les armées russes, commandées par Benningsen. L’ensemble des corps d’armées français traversera la Vistule, début décembre 1806. Fin décembre 1806, les armées françaises ont vaincu les principales positions fortifiées russes, derrière la Vistule et Varsovie. Avec l’arrivée de l’hiver, les armées de Napoléon sont sur le chemin, en direction des dernières places fortes russes, avant Königsberg.
Napoléon attendra le printemps 1807 pour lancer ses offensives sur les armées russes en territoire polonais. Chaque armée aura pris « ses quartiers d’hiver » en attendant les beaux jours. Enfin, façon de parler, car en Pologne, en 1807, les routes restent longtemps impraticables. La pluie fréquente et la neige transforment les chemins en marécages très boueux. Les soldats s’enfoncent dans la boue, jusqu’à mi-cuisse. Le déplacement des canons et de la cavalerie, fortement ralenti par la boue, oblige Napoléon à une adaptation permanente, de chaque offensive, face aux armées russes, solidement barricadées.
Pourtant, ce sont les Russes qui prendront l’initiative en attaquant, dès le 18 janvier 1807, l’aile gauche des armées de Napoléon, dans l’espoir de libérer Dantzig, assiégée par le corps d’armée du général Lefebvre. Ce mouvement des armées russes contraint Napoléon à engager le gros de ses forces, sur les dernières places fortifiées d’Eylau et Heilsberg. Pendant ce temps, Dantzig est tombée aux mains des Français.
Le résultat de la bataille de Eylau reste indécis jusqu’au printemps 1807. Le 26 mai 1807, la « Grande armée » s’avance sur Königsberg et affronte les armées russes, qui subiront, le 14 juin 1807, une cuisante défaite à Friedland, dernier poste fortifié russe, avant Königsberg.
Le reste des armées russes se replie sur les bords du Niémen, en territoire russe. Le résultat sera transformé par l’armistice pour la Suède, membre de la quatrième coalition, signé le 18 avril 1807 et les traités de Tilsit avec la Russie, signé le 7 juillet 1807, et avec la Prusse signé le 9 juillet 1807.
La Suède perdra la Poméranie suédoise. Les territoires de la Prusse seront démembrés. Napoléon va créer le duché de Varsovie, attribué au roi de Saxe, en retirant de la Prusse les territoires de la Posnanie et de la Mazovie. Dantzig devient une République indépendante.
Les territoires de l’Altmark, Magdebourg, Halberstadt, Hildesheim, Wernigerode, Eischsfeld, Erfurt, Minden, Ravensberg et Paderborn sont intégrés au nouveau royaume de Westphalie, créé pour la circonstance. Celui-ci sera attribué à Jérôme Bonaparte qui avait épousé Catherine de Wurtemberg.
La Prusse perdra aussi le territoire de la Frise orientale qui sera intégré au royaume de Hollande. Elle perdra aussi, Clèves, la Marck, Münster et Lingen qui seront intégrés au Grand-duché de Berg.
Dans le traité secret de Tilsit, signé le 7 juillet 1807, avec le tsar Alexandre 1er, celui-ci s’engage à interdire l’accès aux navires anglais dans tous les ports russes.
Les Polonais fourniront une conscription de 40 000 hommes, qui renforceront la « Grande armée ».
Encore une fois, les Anglais restèrent seuls, dans cette quatrième coalition anti-France. Il faut dire aussi que ce n’était pas compliqué pour eux, puisqu’ils n’alignaient aucune troupe sur le continent et ce, depuis le début des coalitions. Les rares victoires des Anglais, depuis le début des hostilités en 1795, étaient sur les océans, là où la France avait très peu de navires de guerre.
Napoléon va, après cet épisode, essayer d’imposer un blocus des navires anglais, dans tous les ports, de la France à la Russie. L’objectif qu’il s’était fixé avec cette démarche était d’asphyxier l’économie du Royaume-Uni, pour le faire plier et signer un traité de paix.
2.1.3 Cinquième coalition ou Campagne d’Autriche
Vainqueur sur les armées prussiennes puis russes en 1807, Napoléon s’est rapproché de la famille royale espagnole, alors malmenée dans son pays, par quelques « révolutionnaires » locaux. Ces derniers, influencés par la Révolution française de 1789, souhaitaient aussi se débarrasser de leur monarchie, pourtant en place depuis plusieurs siècles.
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