Le gouvernement de Vichy
1. Le maréchal Philippe Pétain piégé
Sans chercher ici à dédouaner Philippe Pétain de ses responsabilités, en tant que chef de l’État, dans certains événements de la Seconde Guerre mondiale, il me semble important, pour mieux comprendre les faits historiques de cette époque, de replacer l’arrivée du maréchal dans le dernier gouvernement de la IIIe République. D’autre part, pour mieux mesurer la relation tendue entre Pétain et Foch, il me paraît utile de revisiter sa vie antérieure et notamment ce qui s’était passé depuis novembre 1918.
En effet, comme on peut le comprendre en analysant le contenu biographique sur Pétain, dans le livre de Bénédicte Vergez-Chaignon, le maréchal arrive de Madrid fin mai 1940, et il est mis devant le fait accompli. Alors qu’il était convoqué à Bordeaux, la guerre de France était, hélas, déjà perdue depuis deux semaines.
Devant le désistement honteux des responsables politiques de mars (Édouard Daladier) puis de juin 1940 (Paul Reynaud), le président de la République Albert Lebrun lui « imposa » de prendre la responsabilité du gouvernement français, ce que Pétain avait toujours refusé. Mais, hélas, pour le maréchal, dans sa philosophie de vie, un militaire ne peut désobéir, même à 84 ans.
Dans le livre de Bénédicte Vergez-Chaignon, on trouve plusieurs traces écrites dans lesquelles, Philippe Pétain précise ne pas être compétent ni intéressé par un poste à responsabilité dans un gouvernement.
Pétain avait intimement conservé, depuis 1920, une certaine rancœur vis-à-vis de son ancien chef, le maréchal Foch, mais aussi de Clemenceau. En effet, pour comprendre ce qui a longuement perturbé Pétain, il faut revenir aux événements de novembre 1918.
Pétain, alors commandant en chef des armées alliées, avait, à la demande du chef d’état-major, longuement préparé l’invasion de l’Allemagne prévue le 14 novembre 1918. Or, suite à l’intervention de Foch et de Clemenceau, ce dernier fut influencé par le président américain Wilson ; Pétain fut sommé de stopper l’invasion de l’Allemagne.
Foch et Clemenceau avaient volontairement signé l’armistice demandé par les Allemands avant le début prévu de l’invasion planifiée par Pétain. En « échange » de son obéissance, on imagine aisément que Pétain fut rapidement récompensé par l’attribution du bâton de maréchal le 21 novembre 1918.
Pourtant, cette récompense n’effaça pas son regret de ne pas avoir pu porter la guerre en Allemagne en 1918. Pour Pétain, confrontés alors à la réalité des événements, les Allemands auraient été moins enclins à rechercher une revanche et ainsi, la Seconde Guerre mondiale n’aurait probablement pas eu lieu.
Pétain, déjà en novembre 1918, était persuadé qu’il était indispensable de porter la Première Guerre mondiale sur le territoire allemand. Ceci, d’une part, pour faire prendre conscience à la population allemande des affres de la guerre commencée par leur empereur Guillaume II et d’autre part que celle-ci était réellement perdue par leurs armées.
Sans cette opération, l’Allemagne, du point de vue de Pétain, n’accepterait jamais la défaite, ni les conséquences du traité de Versailles, et chercherait toujours une revanche longuement et mûrement préparée. La réalité de mai 1940 prouva que le maréchal Pétain avait, hélas, raison, à l’inverse des politiciens pourtant responsables des gouvernements de la IIIe République.
Ces informations permettent de mieux comprendre pourquoi Pétain en 1940, fustigeait « l’esprit de jouissance » de la période du Front populaire, alors que d’après lui, il aurait mieux valu que les gouvernements dépensent plus d’efforts pour préparer les armées françaises et la population à cette nouvelle guerre qui arrivait avec certitude.
2. Pétain et le gouvernement de Vichy, naissance
Contrairement à ce qui est souvent prétendu au 21e siècle dans la bouche de certains « historiens », le gouvernement de Vichy ne fut pas issu d’un coup d’État mais bien d’une construction démocratique dont la base était un vote des représentants de la nation conformément à la Constitution de 1875.
En effet, ce fut le 9 juillet 1940, à la demande d’Albert Lebrun, président de la République, que l’ensemble des membres des deux assemblées (Sénat et Chambre des députés) était convié au casino-opéra de Vichy en vue de définir le contenu du texte qui devra être ou non approuvé démocratiquement le 10 juillet 1940.
Le texte, très court, approuvé le 9 juillet 1940, par 624 voix contre 4, avait fait l’objet de nombreuses discussions préalables. Ce texte repris ci-dessous, approuvé par 395 députés et 229 sénateurs, devait accorder au maréchal Pétain, alors président du Conseil depuis le 17 juin 1940, la possibilité de proposer et mettre en application une révision de la Constitution de 1875.
Contenu du texte, approuvé le 9 juillet 1940, qui sera mis au vote le 10 juillet 1940 par les membres des deux assemblées :
« Article unique — L’Assemblée nationale donne tous pouvoirs au Gouvernement de la République, sous l’autorité et la signature du maréchal Pétain, à l’effet de promulguer par un ou plusieurs actes une nouvelle constitution de l’État français. Cette constitution devra garantir les droits du travail, de la famille et de la patrie. Elle sera ratifiée par la Nation et appliquée par les Assemblées qu’elle aura créées. La présente loi constitutionnelle, délibérée et adoptée par l’Assemblée nationale, sera exécutée comme loi de l’État »
Le vote du 10 juillet 1940 au casino-opéra de Vichy donna le résultat suivant :
| Inscrits | Votants | Exprimés | Pour | Contre | Abstenus | Absents |
| 846 | 669 | 649 | 569 | 80 | 20 | 176 |
Ce vote approuva donc démocratiquement, avec une très large majorité, l’attribution au maréchal Philippe Pétain de tous les pouvoirs pour modifier la Constitution de 1875, mettant ainsi de fait fin à la IIIe République.
Détails par parti politique des députés (356) ou sénateurs (213) ayant approuvé :
| Total | ont voté pour | Total | ont voté pour | Total | ont voté pour |
| Partis de gauche | 403 | Partis de droite | 120 | Non inscrits ou autre | 46 |
Il me faut préciser ici deux informations importantes et même capitales pour mieux comprendre l’implication personnelle du maréchal concernant ces votes.
D’après Bénédicte Vergez-Chaignon, les différents témoignages issus du procès de Philippe Pétain en juillet 1945, confirment que ce dernier n’avait ni la compétence ni même la formation en droit constitutionnel pour intervenir sur le contenu de la loi proposée au vote le 9 juillet 1940. D’autre part, toujours d’après les textes biographiques et les témoignages, le maréchal Pétain n’avait pas assisté aux votes et aux délibérations des 9 et 10 juillet 1940.
Il semblerait que le texte de cet article de loi constitutionnelle fut principalement l’œuvre de deux personnes membres, du dernier gouvernement de la IIIe République mais aussi du premier gouvernement du régime de Vichy. La première était Raphaël Alibert, l’ancien chef de cabinet du maréchal Philippe Pétain. Celui-ci deviendra, le 12 juillet 1940, garde des sceaux et ministre de la justice. La seconde fut Pierre Laval qui deviendra vice-président du Conseil le 12 juillet 1940.
Au 21e siècle, chaque année à date d’anniversaire du 10 juillet à Vichy, une cérémonie officielle, souvent présidée par le Premier ministre, célèbre les 80 parlementaires qui ont dit non à Pétain. Les politiciens de gauche et du centre, encore majoritaires dans certains gouvernements, maintiennent ainsi leur esprit de déni de vérité en voulant réécrire l’Histoire.
Ceux-ci refusent ainsi de reconnaître la douloureuse vérité du vote démocratique du 10 juillet 1940 où 80 parlementaires seulement ont voté non, alors que 569 autres parlementaires, majoritairement des Partis de gauche, ont dit oui à Pétain, justifiant de fait le régime de Vichy. Inutile d’essayer de travestir des faits historiques, les preuves sont marquées dans le marbre.
Le tragique dans cette « histoire », comme dans de nombreuses circonstances telles que le procès de Pétain, le contenu de ses audiences, ses commentaires et même après la condamnation, jusqu’après la mort du maréchal, c’est, hélas, toujours l’idéologie qui prime et qui interdit ou travestit toute vérité.
L’idéologie, y compris au 21e siècle, amplifiera continuellement les clivages dans la société française en interdisant de fait tout débat honnête et constructif sur divers sujets importants pour le pays et la population tels que la sécurité, l’identité, l’école, l’immigration, le pouvoir d’achat, mais aussi, la justification ou l’exploitation des impôts et la refonte de l’administration d’un État devenu bien trop obèse et inefficace.
Par exemple, le nombre de fonctionnaires est étonnamment passé de 4.200.000 environ en 1975 à près de 5.800.000 en 2023, auxquels il faut ajouter environ 1.300.000 contractuels, alors que depuis 1990, tous les services administratifs de l’État ont été entièrement informatisés. Avec près de 60.000 fonctionnaires supplémentaires recrutés chaque année depuis 2012, leur effectif a presque doublé en moins de 50 ans, alors que dans le même temps la population française n’a augmenté que de 15 %.
En juillet 1940, le maréchal Pétain mais aussi le général Weygand, après avoir analysé les causes de la défaite militaire française, vont proposer puis imposer un changement indispensable de la société et du régime politique qu’ils estimaient trop corrompu et incompétent.
Ces deux militaires, plus encore que les membres civils du gouvernement de Vichy, vont s’employer à mettre en place un programme de rénovation qui porta le nom de « Révolution nationale », traduit sous le triptyque « Travail, famille, patrie ». Ce programme, plutôt flou, mal expliqué et mal compris, n’aura pas véritablement de suivi efficace.
En fait, pour justifier ce programme, comme on peut le lire dans la biographie de Pétain, réalisée avec précision par Bénédicte Vergez-Chaignon, Pétain accuse les différents responsables politiques du désastre de mai 1940. Il cite à plusieurs reprises « l’esprit de jouissance l’a emporté sur l’esprit de sacrifice. On a revendiqué plus qu’on a servi. On a voulu épargner l’effort : on rencontre aujourd’hui le malheur ».
Pétain, en parlant du peuple, critiqua son mode de vie avant ce désastre, qu’il fallait changer pour ne plus revoir ce type de malheur, « Ce qu’il faut qu’il comprenne pour ne jamais oublier, c’est que l’individualisme, dont il se glorifiait naguère comme d’un privilège, est à l’origine des maux dont il a failli mourir ».
Les actions de Pétain autour de cette rénovation globale de la société ne touchèrent que les 12 premiers mois après juillet 1940. En effet, fort probablement à cause de ses handicaps physiques dus à son grand âge, il fut très vite submergé par les revendications ou les initiatives personnelles de ses adjoints tels que Laval ou Darlan. Pétain donna de plus en plus de signes d’isolement et d’absence après juillet 1941.
D’autre part, Pétain, comme on peut le lire souvent dans sa biographie de Bénédicte Vergez-Chaignon, n’étant pas du tout à l’aise dans ses nouvelles fonctions politiciennes, dans lesquelles il était généralement peu prolixe, laissera progressivement le pouvoir à Laval, soutenu et même imposé par les Allemands dès 1942.
3. Pétain et le gouvernement de Vichy, au début
Conformément à la loi constitutionnelle du 10 juillet 1940, approuvée par les parlementaires avec 569 voix contre 80, Philippe Pétain constitua son premier gouvernement basé à Vichy. Ce gouvernement de Vichy exploita les infrastructures administratives de l’État ainsi que les personnels déjà en place sous la IIIe République.
Les actes constitutionnels 1 et 2 du 11 juillet 1940, ci-après, définirent les règles de fonctionnement de ce nouveau régime de l’État français. Cependant, ce dernier n’était pas entièrement libre puisqu’il restait, hélas, entièrement tributaire des conditions imposées par les Allemands et précisées dans la Convention d’armistice signée le 22 juin 1940. De plus, les Allemands restaient maîtres de la censure d’État. Ils gardaient ainsi la main mise sur tous les textes de lois émis par le gouvernement de Vichy avant insertion au Journal officiel.
- Acte constitutionnel N°1 en date du 11 juillet 1940.
Nous, Philippe Pétain, maréchal de France,
Vu la loi constitutionnelle du 10 juillet 1940,
Déclarons assumer les fonctions de chef de l’État français.
En conséquence, nous décrétons :
L’art. 2 de la loi constitutionnelle du 25 février. 1875 est abrogé.
- Acte constitutionnel N°2 en date du 11 juillet 1940.
Nous, maréchal de France, chef de l’État français;
Vu la loi constitutionnelle du 10 juillet 1940,
Décrétons:
Article premier.
§ premier. Le chef de l’État français a la plénitude du pouvoir gouvernemental, il nomme et révoque les ministres et secrétaires d’État, qui ne sont responsables que devant lui.
§ 2. Il exerce le pouvoir législatif, en conseil des ministres :
1° Jusqu’à la formation de nouvelles Assemblées ;.
2° Après cette formation, en cas de tension extérieure ou de crise intérieure grave, sur sa seule décision et dans la même forme. Dans les mêmes circonstances, il peut édicter toutes dispositions d’ordre budgétaire et fiscal.§ 3. Il promulgue les lois et assure leur exécution.
§ 4. Il nomme à tous les emplois civils et militaires pour lesquels la loi n’a pas prévu d’autre mode de désignation.
§ 5. Il dispose de la force armée.
§ 6. Il a le droit de grâce et d’amnistie.
§ 7. Les envoyés et ambassadeurs des puissances étrangères sont accrédités auprès de lui. Il négocie et ratifie les traités.
§ 8: Il peut déclarer l’état de siège dans une ou plusieurs portions du territoire.
§ 9. Il ne peut déclarer la guerre sans l’assentiment préalable des Assemblées législatives.
Article 2.
Sont abrogées toutes dispositions des lois constitutionnelles des 24 février 1875, 25 février 1875 et 16 juillet 1875, incompatibles avec le présent acte.
Constitution du premier gouvernement de Vichy. Celui-ci fut effectif du 13 juillet au 13 décembre 1940.
| Chef de l’État français et président du Conseil : Philippe Pétain Vice-président du Conseil et ministre de l’information : Pierre Laval Garde des Sceaux et ministre de la Justice : Raphaël Alibert Ministre de l’Intérieur : Adrien Marquet Ministre des Affaires étrangères : Paul Baudouin Ministre des Finances : Yves Bouthillier Ministre de la Défense nationale : Maxime Weygand Ministre de l’Instruction publique : Émile Mireaux Ministre de la Jeunesse et de la Famille : Jean Ybarnégaray Ministre de l’Agriculture et du Ravitaillement : Pierre Caziot Ministre du Travail et de la Production industrielle : René Belin Ministre des Communications : François Piétri Ministre des Colonies : Henry Lémery |
Pierre Laval, né le 28 juin 1883 à Châteldon dans le Puy-de-Dôme, député socialiste depuis 1914, avait déjà été plusieurs fois ministre et quatre fois chef du gouvernement depuis janvier 1931, dans la IIIe République. En étant vice-président du Conseil dans le premier gouvernement de Vichy, celui-ci assuma donc les responsabilités dans ce qui peut être considéré comme le cinquième gouvernement Laval, mais cette fois-ci sous la tutelle de Philippe Pétain, chef de l’État français.
Pierre Laval, politicien rompu à toutes les formes de débats au sein des Assemblées (Sénat et Chambre des députés), dès juillet 1940, sut exploiter les faiblesses et les difficultés physiques ou mentales du vieux maréchal pour s’imposer comme étant le principal intervenant dans les affaires de l’État français.
Pierre Laval, d’après Bénédicte Vergez-Chaignon, aurait réussi dès juillet 1940, à convaincre le maréchal de lui confier officiellement la responsabilité de le remplacer au cas où celui-ci était dans l’incapacité totale d’assumer ses fonctions de chef de l’État. Il est vrai que Philippe Pétain était déjà âgé de 84 ans en 1940. Ce dernier avait reconnu ne plus pouvoir gérer efficacement des réunions de travail journalières, longues et trop fréquentes.
Dans les semaines et les mois qui suivirent la nomination de ce premier gouvernement de Vichy, le maréchal fut constamment sollicité par différents parlementaires. Les uns et les autres, tels que Marcel Déat, Jacques Doriot, Alphonse de Chateaubriand ou Pierre Laval, ont essayé de pousser Philippe Pétain vers plus de collaboration avec les Allemands.
Parmi eux, de nombreux « collabos » venaient de la gauche radicale ou socialiste tels que Gabriel Lafaye, Paul Rives, député socialiste de l’Allier, ou Charles Spinasse, ancien ministre du Front populaire. Certains envisageaient même de remplacer le gouvernement de Vichy par un autre, plus proche de Paris, mais aussi plus proche des Allemands.
Pétain, de son côté, contraint à la mise en place de son gouvernement, avait lancé une campagne pour sanctionner les parlementaires et les ministres de la IIIe République, responsables de la déclaration de guerre, de la défaite et de ses conséquences tragiques. La gauche et les communistes, de retour aux « affaires » en 1945, se vengèrent par idéologie en usant, hélas, de leur habituelle cruauté lors du procès du maréchal alors âgé de 89 ans.
Dans la biographie de Pétain éditée par Bénédicte Vergez-Chaignon, celui-ci, profondément marqué par la lâcheté et l’impéritie constante des politiciens des gouvernements de la IIIe République depuis 1918, rappela maintes fois qu’il avait été obligé, le 17 juin 1940, de prendre ces nouvelles responsabilités qu’il ne souhaitait pas.
Si les relations diplomatiques avec le Royaume-Uni ont été immédiatement rompues après l’agression britannique sur la flotte française à Mers el-Kébir les 3 puis 6 juillet 1940, causant la mort de plus de 1 300 marins, les États-Unis mais aussi l’URSS et le Vatican reconnaissant de fait le nouveau régime de l’État français, établirent leur ambassade à Vichy durant l’été 1940.
Le 24 octobre 1940, suite à l’instigation de Pierre Laval et d’Otto Abetz, ambassadeur du Reich à Paris, le maréchal Pétain finira par rencontrer Hitler à Montoire-sur-le-Loir. Suite à cette rencontre provoquée par Laval, le maréchal annonça étonnamment qu’il envisageait d’entamer une « politique de collaboration ».
Évidemment, pour Pétain, le but de cette annonce était d’obtenir en retour des concessions précises de la part d’Hitler telles qu’un allègement des frais d’occupation et le retour d’Allemagne de plusieurs milliers de prisonniers de guerre français. Malheureusement, Laval, dans le dos de Pétain, minimisa l’importance des souhaits du maréchal, les rendant ainsi inefficaces et sans espoir.
Le 13 décembre 1940, le maréchal Pétain, lassé par l’attitude et les initiatives personnelles de Pierre Laval, sur un sursaut de réalisme et de dignité, fit arrêté le vice-président du Conseil. Cette arrestation mit fin à la première période du gouvernement de Vichy.
4. Pétain et le gouvernement de Vichy, évolutions
L’éviction de Pierre Laval dans le premier gouvernement de Vichy permit, durant quelques semaines seulement, de mettre en place un nouveau gouvernement « moins en faveur de la collaboration » avec les Allemands. Cependant, ce gouvernement, qui fut effectif du 14 décembre 1940 au 9 février 1941, sera remplacé par un autre sous la pression et l’exigence des Allemands.
Constitution du second gouvernement de Vichy
Chef de l’État français et président du Conseil : Philippe Pétain
Vice-président du Conseil et ministre des Affaires étrangères : Pierre-Étienne Flandin
Garde des Sceaux et ministre de la Justice : Raphaël Alibert
Ministre de l’Intérieur : Marcel Peyrouton
Ministre des Finances : Yves Bouthillier
Ministre de la Guerre forces terrestres : Charles Huntziger
Ministre de la Marine : François Darlan
Ministre de l’Agriculture et du Ravitaillement : Pierre Caziot
Ministre du Travail et de la Production industrielle : René Belin
L’arrivée de l’amiral Darlan en tant que vice-président du Conseil dans le troisième gouvernement de Vichy relança le processus de collaboration avec les Allemands.
Constitution du troisième gouvernement de Vichy, celui-ci fut effectif du 10 février 1941 au 18 avril 1942
Chef de l’État français et président du Conseil : Philippe Pétain
Vice-président du Conseil, ministre des Affaires étrangères, de la Marine, de l’Intérieur et de l’information : François Darlan
Garde des Sceaux et ministre de la Justice : Joseph Barthélémy
Ministre des Finances : Yves Bouthillier
Ministre de la Guerre forces terrestres : Charles Huntziger
Ministre de l’Agriculture et du Ravitaillement : Pierre Caziot
L’amiral François Darlan autorisa les Allemands à utiliser les bases navales françaises de Bizerte et Dakar ainsi que les aérodromes de Syrie. De plus, en juillet 1941, la Légion des volontaires français contre le bolchévisme (LVF) fut créée. Celle-ci enrôla des combattants français pour le front de l’Est face aux Russes. L’image du gouvernement de Vichy fut fortement dégradée à partir de l’hiver 1941-1942.
Après l’assassinat de l’aspirant de marine allemande Alfons Moser à la station Barbès-Rochechouart à Paris, le 21 août 1941, par un militant communiste, Pierre George, le ministre de l’Intérieur, sur la contrainte violente des Allemands, dut mettre en place des tribunaux d’exception chargés de traquer et de condamner les résistants communistes ou anarchistes. Les Allemands imposèrent le retour de Pierre Laval au sein du gouvernement, avec la responsabilité de chef du gouvernement.
Constitution du quatrième gouvernement de Vichy, celui-ci fut effectif du 18 avril 1942 au 19 août 1944
Chef de l’État français et président du Conseil : Philippe Pétain
Chef du Gouvernement, ministre des Affaires étrangères, de l’Intérieur et de l’Information : Pierre Laval
Garde des Sceaux et ministre de la Justice : Joseph Barthélémy
Ministre de l’Intérieur : Marcel Peyrouton
Ministre des Finances : Pierre Cathala
Ministre de la Guerre : Eugène Bridoux
Ministre de la Marine : Gabriel Auphan
Ministre de l’Agriculture : Jacques Le Roy Ladurie
Ministre de la Production industrielle : Jean Bichelonne
Avec le retour de Pierre Laval au sein du dernier gouvernement de Vichy, avec le titre de chef du gouvernement, en total infraction avec les actes constitutionnels du 11 juillet 1940, le maréchal Pétain fut systématiquement exclu de toutes les décisions importantes. Dès avril 1942, les mesures discriminatoires à l’encontre des Juifs furent appliquées avec rigueur, entraînant même parfois un excès de zèle par certains « collabos » en zone « occupée » et en zone « libre ».
5. Disparition
Les événements se précipitèrent à partir de novembre 1942. En effet, le 8 novembre 1942, les forces anglo-américaines débarquèrent sur les côtes marocaines et algériennes. En représailles, Hitler déclencha son opération baptisée « Attila ».
Les Allemands envahirent la zone « libre », rendant de fait caduque la convention d’armistice et ses implications. Le gouvernement de Vichy, dorénavant contraint, perdit ainsi toutes ses fonctions et ses pouvoirs. En effet, la loi de l’envahisseur s’imposait à tous. La flotte française dans la rade de Toulon, pourtant restée presque intacte, malgré l’agression britannique à Mers el-Kébir début juillet 1940, se saborda le 27 novembre 1942.
La France perdit ce jour-là 90 % de sa flotte de guerre, soit plus d’une centaine de navires, dont principalement : 3 cuirassés, 7 croiseurs, 1 porte-hydravions, 15 contre-torpilleurs, 13 torpilleurs, 12 sous-marins, 1 navire école et une cinquantaine de bâtiments auxiliaires.
Au-delà du fait essentiel que les armées allemandes occupaient maintenant tout le territoire français, la France devait payer une indemnité de guerre plus importante avec 500 millions de Francs par jour au lieu de 400 millions depuis le 22 juin 1940. D’autre part, toutes les entreprises françaises, y compris celles situées en ex-zone libre, devaient travailler gracieusement et uniquement pour les armées allemandes.
Si les gouvernements français de la IIIe République avaient réellement assumé leurs responsabilités et notamment dépensé plus pour protéger le pays, bien avant 1939, face à cette guerre pourtant inévitable, la France aurait probablement perdu nettement moins d’argent et moins de vies humaines. Plus encore, la fracture, profonde au 21e siècle, entre Français, qui prit sa source lors de cette Seconde Guerre mondiale, aurait probablement été sensiblement moins prononcée.
En 1943, du fait que la convention d’armistice fut caduque suite à l’invasion allemande de la zone « libre », le gouvernement de Vichy, privé par la force armée allemande de toutes ses prérogatives et de ses moyens, devenait officieusement « illégal ». Ce qui entraîna, hélas, d’une part, une amplification de toutes les actions de collaboration avec les Allemands telles que l’instauration du Service du travail obligatoire (STO) et d’autre part, la création de la Milice française aux ordres et à disposition des Allemands.
Le Service du travail obligatoire, à l’origine du recrutement de 650 000 Français envoyés de force en Allemagne, fut créé en février 1943, à l’initiative du « Gauleiter » allemand Sauckel. De même, la Milice française fut créée en janvier 1943, à l’initiative de Pierre Laval et d’un ancien entrepreneur niçois, Joseph Darnand. Ce dernier, devenu officier SS remplaça René Bousquet à la tête de la police.
Après le débarquement des alliés en Normandie, les Allemands emmenèrent de force, à Sigmaringen, un maréchal Pétain, déjà âgé de 88 ans, fortement diminué physiquement et intellectuellement, réduisant de fait à néant sa légitimité.
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