La libération
1. Dans le secret des coulisses
Les relations entre le général Charles de Gaulle et les responsables des alliés furent, dès le départ, glaciales et chaotiques. En effet, pour le président américain Roosevelt, à l’entrée en guerre des États-Unis, la France était « finie ». Il l’avait dit à Winston Churchill dans ses premières discussions. Aussi, dans l’esprit des Américains, la France devait être considérée comme un pays perdu qu’il fallait occuper et administrer.
On peut, à nouveau après la Première Guerre mondiale, mesurer ici « l’amitié » que nous portent les États-Unis depuis leur guerre d’indépendance gagnée grâce à la France de Louis XVI.
Comme on le verra plus loin, les États-Unis avaient prévu, dès le débarquement de leurs armées en France, de remplacer la monnaie française par une autre monnaie « américaine » prévue pour fonctionner dans un pays occupé par les armées américaines. Ils avaient aussi imaginé remplacer toute l’administration française par une administration américaine, fabriquée de toutes pièces, en important des fonctionnaires américains formés aux États-Unis.
Cependant, les États-Unis savaient que la France, par l’intermédiaire de son gouvernement de Vichy, disposait encore de nombreuses armées. On connaît les 120 000 militaires français à Londres, mais il y avait aussi plus de 300 000 soldats français dans les territoires d’Afrique du Nord, notamment au Maroc, en Algérie, en Tunisie et dans différents pays de centre Afrique comme le Sénégal ou le Tchad.
Ces soldats représentaient une sérieuse force d’opposition car majoritairement aux ordres de Vichy. Contrairement aux soldats américains, majoritairement novices dans cette nouvelle guerre, les soldats français étaient aguerris et performants.
L’état-major américain, qui n’avait aucune confiance en de Gaulle, avait imaginé trouver un général français qui aurait suffisamment de poids pour infléchir les soldats français en Afrique du Nord, mais sans ambition politique, pour ne pas être gênés dans leurs démarches. Ils finirent par se rabattre sur le général d’armée Henri Giraud, qui venait juste de s’évader de la forteresse Königstein en Allemagne et de rejoindre Vichy.
Le président américain Roosevelt et le Premier ministre britannique Winston Churchill étaient continuellement sollicités par Staline. Ce dernier leur demandait qu’ils ouvrent le plus rapidement possible un autre front à l’Ouest afin que les armées russes, sur le front à l’Est, soient partiellement libérées de l’étreinte des armées allemandes.
De son côté, le général Charles de Gaulle œuvrait constamment en vue de créer secrètement un futur gouvernement pour la France, lorsque celle-ci sera enfin libérée des Allemands. N’oublions pas que les américains étaient aussi sollicités face aux Japonais dans tout l’océan Pacifique. Aussi Roosevelt avait la difficile tâche de gérer les demandes des ses généraux en fonction des moyens disponibles et des priorités suivant les fronts.
Inévitablement, inconscients ou irresponsables, Roosevelt et certains de ses généraux commettront de graves erreurs engendrant de nombreuses pertes humaines dans leur camp. D’autre part, le fait de ne pas tenir informé le général Charles de Gaulle des actions entreprises par les troupes américaines, notamment en Afrique du Nord, de nombreux soldats américains perdirent la vie face aux armées françaises au Maroc, en Algérie et en Tunisie.
Le 3 juin 1943, Charles de Gaulle accepta la proposition de Roosevelt et de Churchill de créer le Comité Français de Libération Nationale (CFLN) codirigé par lui-même et le général Henri Giraud. Ce dernier finira par jeter l’éponge, le 1er octobre 1943, laissant le général Charles de Gaulle, seul à la tête de ce comité, responsable de toutes les forces militaires de la France libre.
Le général de Gaulle avait pris beaucoup d’avance, par rapport au général Giraud, en ce qui concerne l’organisation de la Résistance en France et plus globalement sur toutes les actions politiques internes et externes.
Des tensions furent souvent l’objet de houleuses discussions entre le CFLN et le CNR, pilotant les réseaux de résistance interne. Hélas, en vue de construire le futur gouvernement de la France et pour des raisons politiques, le général de Gaulle va ouvrir la porte du CFLN le 3 novembre 1943, à une Assemblée consultative composée de 84 membres. Dans cette Assemblée, de Gaulle va valider la présence de 40 représentants de la France métropolitaine, 12 membres de la Résistance, 20 députés ou sénateurs de la IIIe République et 12 représentants des conseils généraux d’outre-mer.
En acceptant le retour, dans le futur gouvernement provisoire de la France, d’anciens politiciens de la IIIe République, responsables du désastre de mai et juin 1940, le général de Gaulle se mettait des boulets aux pieds. En fermant les yeux sur le passé, il compromettait l’avenir, le sien et celui de la France.
Le 1er février 1944, on vit enfin l’unification officielle de la Résistance armée dans le cadre des Forces françaises de l’Intérieur (FFI) regroupant l’Armée secrète et les « Francs-Tireurs et partisans » (FTP) sous le commandement du général Pierre Koenig. Le général Charles Delestraint avait été arrêté à Paris par la Gestapo le 9 juin 1943. Il fut déporté à Dachau en Allemagne où il décéda le 19 avril 1945.
Le 3 juin 1944, le Comité Français de Libération Nationale (CFLN) prit le nom de Gouvernement Provisoire de la République Française (GPRF). Ce dernier, avec à sa tête le général Charles de Gaulle, avait pour mission de préparer la réorganisation administrative du pays et rétablir la démocratie ainsi que les institutions légitimes de la République.
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